Les firmes multinationales – Le processus de multinationalisation


 

Introduction :

Plus de 83 000 firmes multinationales aujourd’hui, comptant 810 000 filiales étrangères, contre 7 000 à la fin des années 60. Elles viennent essentiellement des pays riches (sur les 100 premières, on compte environ 61 européennes, 18 américaines, 9 japonaises et 3 chinoises). Elles emploient 68 millions de personnes dans leurs filiales contre 21 millions en 1990.

La progression de l’internationalisation productive des firmes est spectaculaire. Les ventes réalisées par les filiales à l’étranger ont dépassé le volume du commerce international à partir du milieu des années 1980. Elles en représentent aujourd’hui plus du quadruple : 32 960 milliards de dollars contre 2 500 milliards en 1982. Les multinationales produisent 25% du PIB mondial en 2010 et contrôlent 33,3% du commerce mondial lequel est pour un tiers un commerce intra-firme. Enfin, sous l’effet du double mouvement de dérégulation et de privatisation, les services financiers et les entreprises de réseau (télécoms, énergie, transport) sont en train de s’internationaliser rapidement. Les multinationales jouent également un rôle clé dans la définition des normes environnementales mondiales. Pour le pire lorsque les compagnies pétrolières obtiennent l’abandon de la participation américaine au protocole de Kyoto. Pour le meilleur quand Hoechst et Du Pont poussent au renforcement de la norme pour la protection de la couche d’ozone (éradication des CFC). Les firmes multinationales exercent également leur influence par le biais de partenariats stratégiques. Certaines entreprises se trouvent à la fois en concurrence et en liaison étroite dans le cadre de coopérations (Renault-Nissan, Renault-Daimler…). Cette coopération passe aussi par la mise en place de cartels pour fixer des prix élevés, limiter la production, empêcher la diffusion de leur avance technologique et  gérer de manière coordonnée leurs parts de marché.

(Source : Christian Chavagneux, Une firme mondiale : mythe ou réalité, Alternatives économiques n° 189) 

 

 

Origine géographique des firmes multinationales

Répartition selon leur origine nationale des 750 premiers groupes mondiaux

Pays

Part des 750 premiers groupes

Part des groupes leaders mondiaux sur leur secteur

Etats Unis

39 %

47 %

Japon

22 %

2 %

Royaume Uni

8 %

6 %

Allemagne

7 %

8 %

France

5 %

3 %

Canada

4 %

2 %

Suisse

2 %

3 %

Pays Bas

2 %

1 %

Australie

2 %

5 %

Italie

1 %

3 %

Source du tableau : http://www.populationdata.net

 

L’internationalisation d’une entreprise s’appréhende comme l’intrusion d’une firme sur des territoires géographiquement, culturellement, économiquement et juridiquement différents de ceux de son marché national dont ils sont séparés par des frontières multiformes (tarifaires, sanitaires, fiscales, réglementaires).

 

 I  – Les raisons de l’internationalisation sont très anciennes


Au 19 e siècle :

  • Influence politique (émergence des états nationaux et suppression des barrières douanières internes).
  • Influence technique (développement du chemin de fer; les marchés sont devenus nationaux).

A la Fin du 19 e siècle : Evolution fondamentale

Alors qu’auparavant les transactions portaient sur des produits finis et étaient l’apanage des commerçants, désormais, à la fin du 19e siècle se sont les firmes industrielles qui vont chercher, pour elles-mêmes et nos plus par négociants interposés des approvisionnements en matière première et des débouchés pour leurs produits finis. Les FMN naissent désormais dans les domaines énergétiques (pétrole), miniers et agro-alimentaires (Unilever, Nestlé).

– Les Facteurs Techniques :

  • Baisse des coûts de transports
  • Baisse du temps de transport
  • Hausse des capacités de production
  • Importance du savoir- faire technologique inégalement reparti

– Facteurs Economiques :

  • Niveau des salaires
  • Saturation de la demande dans les Pays Industrialisés
  • Inégales dotations en facteurs des pays (Voir cours 1° année sur les théories de Smith et Ricardo)
  • Uniformisation partielle des modes de consommations

– Facteurs Politiques :

  • Création des ZLE (Zones de libre-échange)
  • Idéologie dominante du libre- échange
  • Diminution des obstacles non tarifaires

Sous l’influence de ces facteurs, l’internationalisation va prendre de nouvelles formes. Les FMN apparaissent avec l’implantation de filiales de production et non plus seulement de distribution.

L’entreprise devient une nébuleuse synergique de concepteurs, de fabricants et de distributeurs. Le concept de l’entreprise en réseau est né. Dans ce contexte, une vision mondiale confère aux firmes des avantages déterminants. De nouveaux marchés peuvent ainsi se substituer à des marchés arrivés à maturation dans leur pays d’origine (en raison du cycle de vie international qui caractérise de nombreux produits).

– Coûts avantageux en matière ….

  • salariale (main d’œuvre souvent moins onéreuse)
  • sociale (dispense des régimes de production sociale)
  • fiscale (existence de paradis fiscaux)
  • Possibilité de contourner les obstacles douaniers (ex : implantation d’entreprises japonaises en Europe)
  • Possibilité d’accéder à des sources de financement sur le marché international des capitaux.
  • Possibilités de contrôle des réseaux de distribution

 

 

II –  les étapes de l’internationalisation

Extrait :

On distingue habituellement quatre phases dans le processus de développement international des entreprises : 1. Approche purement nationale 2. Pénétration des marchés étrangers 3. Intégration régionale, 4. Globalisation

En phase 1, l’entreprise se limite au marché national, voire à un marché local. Il peut s’agir d’une stratégie délibérée, même en réaction à la pression de concurrents étrangers. Les dirigeants peuvent considérer que l’entreprise n’a pas les moyens de se développer à l’international.

En phase 2, l’entreprise s’efforce de prendre des parts de marché à l’étranger. A ce stade, chaque marché est considéré séparément et la difficulté de prendre pied sur un marché conduit à adapter le plus souvent la politique commerciale aux exigences locales perçues. A la suite d’expériences malheureuses, certaines entreprises adoptent une stratégie de repli sur le marché national. D’autres au contraire sont conduites à produire à l’étranger, pour des raisons de coûts, de l’existence de barrières à l’entrée, ou parce qu’elles ont eu l’opportunité d’effectuer des opérations de croissance externe. La réorganisation d’un tel ensemble au niveau régional, entendu comme un ensemble de pays proches, dans le but de dégager des économies d’échelle, nous conduit à la phase 3 du modèle, l’intégration régionale. Elle revient à approcher cette région comme un marché unifié, et non comme un ensemble de marchés séparés aux besoins spécifiques.

En phase 4, l’entreprise approche le marché mondial comme un marché unifié, de façon à dégager de nouvelles économies d’échelle. Elle vendra dans le monde entier des produits hautement standardisés, limitant autant que possible l’adaptation locale. Coca-Cola ou Mac Donald sont fréquemment cités. Rossignol, Salomon ou Nike dans les équipements de sport constituent sans doute aussi de bons exemples.

Dans certains cas, l’entreprise globale ne fabrique qu’en un seul lieu chacun des produits qu’elle commercialise mondialement. Salomon fabrique en France ses skis et fixations, aux Etats-Unis le matériel de golf (Taylor Made), et les commercialise au niveau mondial. Dans de tels cas, l’entreprise passe de la phase 2 (pénétration de marchés étrangers) à la phase 4 (globalisation) sans passer par la phase 3 (intégration régionale). Dans d’autres cas, la globalisation fait suite à une phase d’intégration régionale.

L’environnement évolue et certains facteurs qui jouaient hier dans le sens de la globalisation peuvent jouer demain en sens contraire. Ainsi, au tournant des années 80, les constructeurs automobiles japonais gagnaient des parts de marché en Europe et aux Etats-Unis par l’offre de produits standardisés fabriqués au Japon à faibles coûts ; ils progressaient ainsi vers la globalisation. Mais l’augmentation des coûts salariaux, accentuée par la hausse du yen à partir de septembre 1985, les a obligés à compenser la perte de leur avantage sur les prix par la conception de véhicules plus finement adaptés aux différents marchés, et à adopter pour cela une approche régionale. Les progrès réalisés par les constructeurs occidentaux au cours des années 80, en réaction à cette percée japonaise, et les frictions commerciales au niveau politique ont accentué cette réorientation des stratégies japonaises vers la régionalisation.

Source : J. JAUSSAUD Les Cahiers Français, Les stratégies d’entreprise  (extraits)

1ere étape : Le développement des exportations

3 voies possibles pour développer ses parts de marché à l’export :

1 – exportation directe 2 – exportation indirecte 3 – exportation associée

  • L’exportation directe

Elle évite les intermédiaires. Elle permet donc de faire l’apprentissage des marchés étrangers et d’éliminer les rémunérations des intermédiaires. Mais elle est difficile et coûteuse en pratique où la firme méconnait les rentabilités locales, les modes de consommation locaux, les pratiques commerciales locales et les règlements. Il y a donc un risque d’erreur important. De plus, l’entreprise va devoir entretenir sur place des stocks et un service de distribution coûteux.

Techniques d’exportation directe :

* Sans force de vente – par exemple par couponnage dans les revues étrangères ou encore par des foires et salons à l’étranger * Avec force de vente par exemple avec un agent commercial à l’étranger ou avec un représentant salarié

  • L’exportation indirecte  est mieux adaptée à la phase initiale d’exportation

Elle dispense l’entreprise de tout investissement et de toute présence personnelle à l’étranger. L’exportateur peut utiliser les services de courtiers ou vendre à des sociétés de commerce extérieur (CFAO par exemple), qui s’occupent de toutes les formalités douanières, financières et administratives, et conclut elle- même les contrats de vente à l’étranger. Cependant ces interventions d’intermédiaires constituent un « écran » qui empêche toute véritable connaissance et toute réelle pénétration du marché étranger.

  • L’exportation associée

Exemples :

  • Le  » Piggy-Back » : il s’agit d’une technique utilisée par les PME pour bénéficier (moyennant des commissions) du réseau de distribution d’une FMN.
  • Création de Groupement d’exportateurs qui se dotent, grâce aux contributions des membres, de moyens de prospection et de ventes.

2ème étape : La mise en place d’un réseau de distribution à l’étranger

Les techniques d’exportation directe, indirecte ou associée présentent l’inconvénient de ne pas assurer une présence permanente de l’entreprise à l’étranger alors que la constitution de réseaux de distribution à l’étranger le permet.

Exemples de techniques :

  • Technique de la franchise internationale (exemple : Yoplait)
  • Technique de la franchise étrangère (exemple : chaines hôtelières)
  • Technique de la succursale (sans personnalité juridique)
  • Constitution d’une filiale de distribution (création d’une personne morale nouvelle par exemple « Renault export »)
  • Investissement à l’étranger (capitaux fournis par l’entreprise d’origine)

L’entreprise a intérêt à internationaliser sa production pour 4 raisons :

1. Ajouter des marges d’exportation à ses marges intérieures 2. Accélérer le processus d’apprentissage 3. Bénéficier d’économies d’échelle (allègement des coûts unitaires de production au fir et à mesure de l’augmentation des quantités produites) lorsque le marché national est trop étroit 4. Etre plus prêt du consommateur

3ème étape : La multinationalisation

La FMN n’apparait vraiment que lorsque des filiales de production complètent les filiales de distribution.

 On repère une FMN aux critères suivants :

  • Part des ventes réalisées à l’étranger
  • Activités de production réalisées à l’étranger
  • Présence dans plusieurs pays
  • Nombre de filiales à l’étranger
  • Existence d’une DG multinationale
  • Détention multinationale du capital social
  • Cotation des titres sur plusieurs places financières
  • Stratégie internationale

On trouve des FMN dans tous les secteurs de l’économie :

  • Secteur primaire : Nestlé, Danone, etc…
  • Secteur secondaire : Elf aquitaine, Michelin, etc…
  • Secteur tertiaire : Accor, Mc Donald, Hertz

 

Avantages de la multinationalisation

Avantage de coûts

Il existe des écarts de coûts entre les pays, et l’entreprise cherchera à en bénéficier — Exemples:

  • main d’œuvre
  • charges sociales
  • fiscalité
  • matières premières
  • Accroissement de l’échelle de production (Possibilité  de bénéficier d’économies d’échelle)
  • Elimination des coûts des transactions internationales
  • Frais de transports allégés.
  • Stockage moins coûteux
  • Droits de douane allégés
  • Aucune rémunération d’intermédiaires, etc…
  • Accroissement de la compétitivité
  • Barrières protectionnistes contournées
  • Meilleure veille technologique mondiale
  • Meilleure veille commerciale mondiale
  • Image de marque internationale des produits
  • Adaptation aux spécificités des marchés internationaux.
 

Classement des FMN par capitalisation boursière :

 

 

Pour la première fois, le secteur des technologies devient le plus gros du monde en Bourse, et dépasse celui de la finance. Dans le paysage du business, les États-Unis dominent toujours plus le reste du monde, tandis que l’Europe continue de s’effacer. Classement des plus grosses capitalisations boursières du monde.

Pour la première fois, dans le classement annuel PwC des plus grosses capitalisations boursières du monde, le secteur de la technologie dépasse celui de la finance.

Sur les 10 entreprises les mieux valorisées de la planète, toutes sont américaines, et quatre sont des géants de la technologie, avec en tête Apple, suivi par Alphabet (ex-Google), et Microsoft qui trustent les trois premières places, puis Facebook en 6e position.

 

 

 

 

 

 

III – Le rôle des FMN

« Les pays riches et ces firmes échangent aujourd’hui plus des trois quarts du commerce international de marchandises […]. Certains services font l’objet d’échanges […]. La plus grande partie de ces services, à commencer par les services publics, demeure cependant organisée et produite localement. En revanche, en matière industrielle, toutes les firmes sont devenues multinationales. Même les plus petites d’entre elles importent une grande partie de leurs biens d’équipement et de leurs pièces détachées. Tandis que l’ouverture croissante des marchés leur permet d’exporter leur production d’autant plus aisément que les normes et les goûts des consommateurs se sont rapprochés.

 Il n’empêche, les plus grandes de ces firmes continuent de dominer le commerce international, qui est en grande partie constitué de flux interne à ces firmes. Renault, par exemple, assemble en France et en Espagne des voitures incorporant des moteurs fabriqués dans ces deux pays ; ces véhicules sont ensuite vendus (presque) partout dans le monde, via les différentes filiales commerciales du constructeur. Le commerce intra firme représente ainsi un gros tiers des importations françaises de produits industriels et plus de 40% des exportations, la moitié des importations et un tiers des exportations aux États-Unis. »

D’après C. Chavagneux et  P. Frémeaux, Alternatives économiques n°225

 

 

 




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14 thoughts on “Les firmes multinationales – Le processus de multinationalisation

    1. sophia une entreprise qui exporte toutes sa production n’est pas une multinational.on appel multinational une entreprise qui s’installe dans presque tous les pays du monde.par exemple coca-cola,nestlé etc .ce qui veux dire avoir des filiales ce qui est différent d’une e/se international qui ne fait que exporte.

    2. il faut faire la différence entre entreprise mononationale exportatrice et une multinationale, une entreprise peut exporter la totalité de sa production à travers une entreprise d’import-export étrangère sans investir à l’extérieur donc elle reste une entreprise mononationale, alors que la multinationale est une entreprise qui investi directement à l’étranger elle opère au minimum sur deux pays

  1. salam.
    pouvez-vous me donné plus d’informations sur le role des FMN dans la mondialisation économique du 19e siècle.
    merci d’avance.

  2. Merci pour cet article très enrichissant, ça m’aidera énormément dans mes recherches, seulement je voudrais juste savoir en quelle année cet article a été publié ?
    Merci.

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