Facteurs d’explication de la croissance – fluctuations et cycles économiques

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I — Les mouvements de l’activité économique

A. — la mesure de la croissance

La croissance est l’augmentation soutenue de la production de biens et services sur le plan national durant une période. La croissance est généralement mesurée par l’évolution du PIB ou par l’évolution du PIB par habitant.

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 taucrois

 Le PIB est un indicateur quantitatif imparfait (voir cours 2° année sur le partage du revenu) puisqu’il ne tient pas compte des productions non comptabilisées (travail au noir, travail domestique, fraude fiscale…) ni de certaines dégradations (industries polluantes, inégalités, exclusion…). Le PIB est aussi influencé par la variation des prix.

 

La Croissance economique BNPParibas_WebPedagogique
par lewebpedagogique


B. — Les explications de la croissance

Les facteurs de production (travail et capital) contribuent en grande partie à la croissance de la production. Mais il reste une part inexpliquée que l’on attribue notamment aux progrès technique (le résidu).

> Le facteur travail dépend de la population active occupée, de son niveau de compétence, de la durée et de la qualité du travail.

> Le facteur capital (installations, équipements, matériels, outillage..) dépend de l’investissement, du taux d’utilisation du capital technique et de la qualité du capital technique.

Le progrès technique dépend de la mise au point de produits et procédés nouveaux.

À la fin des années 80, de nouvelles théories de la croissance (les théories de la croissance endogène) sont apparues ; l’idée est que l’activité de certains agents économiques à des répercussions positives (externalités) sur celle d’autres agents et contribue ainsi à la croissance pour la collectivité. Par exemple, les connaissances issues de la recherche et développement d’une entreprise peuvent être mises à la disposition d’autres entreprises et engendre un supplément d’activité (croissance).

Les modèles de croissance endogène retiennent différentes sources de croissance : investissements en capital technique, en capital public, en capital humain ; apprentissage par la pratique ; division du travail ; recherche et innovation technologique. Le contexte politico-institutionnel peut aussi favoriser la croissance : les pouvoirs publics peuvent, par leur politique économique, créer un climat favorable à l’augmentation de l’activité.

 

C. — les fluctuations de la croissance

Les fluctuations sont des variations de l’activité économique : les périodes d’expansion alternent avec des périodes de crise. Ces fluctuations se répètent selon une amplitude et une périodicité plus ou moins régulières : ce sont des cycles économiques. La durée des cycles varie selon les époques et les pays. Deux grands types de cycles sont principalement identifiés.

Krach de 1929

– les cycles longs (ou cycles de Kondratieff, du nom de l’économiste russe qui les a identifiés) : ce sont des cycles de 50 ans environ. Ils sont liés aux transformations profondes de l’activité économique qui correspondent à des changements structurels (modes de production, système financier, normes de consommation, urbanisation..).

Selon Schumpeter, les phases de croissance de ces cycles longs correspondent à des innovations technologiques importantes. L’évolution des modes de vie, liée à ces innovations, stimule la consommation et favorise aussi la croissance. Plus tard, l’absence de produits nouveaux et la stabilité des modes de vie ralentissent l’activité économique : c’est le début d’une nouvelle crise.

– les cycles courts (ou cycles de Juglar, du nom de l’économiste français qui les a identifiés) : ce sont des cycles de quelques années qui sont liés à des variations conjoncturelles de l’activité économique. Les causes sont multiples : instabilité des taux d’intérêt, fluctuations du commerce extérieur, mouvements sociaux… Les cycles courts comportent quatre phases : la reprise, l’expansion, la crise et la dépression. Lorsque le cycle est très court (moins de 4ans, il est appelé cycle kitchin.

Les cycles, de durée inégale, se mêlent et se superposent. Au total, les mouvements de l’activité économique sont irréguliers.

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Cycles Kondratieff :
Cycles économiques
Cycles économiques – Source Wikipédia
 

« Explication : Le cycle selon Joseph Schumpeter :

Le cycle se déroule de la manière suivante. L’économie est initialement en dépression. Une partie importante du capital antérieur a été déclassée, et la forte pression concurrentielle sur des marchés étroits oblige les entreprises à innover pour survivre. Les innovations fleurissent alors, financées essentiellement par crédit bancaire. Dans ce contexte de renouvellement des technologies et des marchés, la rentabilité de l’investissement se redresse, ce qui entraîne une vague d’investissement. La demande globale connait donc une expansion, par le multiplicateur ( voir multiplicateur keynésien) et par l’effet de rééquipement des agents avec les produits nouveaux, qui nourrit à son tour l’investissement.

Mais, peu à peu, les marchés se saturent ( la plupart des agents étant maintenant équipés en biens nouveaux), et les innovateurs ont été rejoints par les imitateurs sur leurs marchés jusque là monopolistiques. Moindre demande et moindres marges entrainent une réduction de l’investissement, et donc de l’activité : l’économie se retrouve en crise jusqu’à la vague suivante d’innovations  »

D.Guellec et P. Ralle, Les nouvelles théories de la croissance – Collection Repères, éd. La découverte



Cycles Kondratief :
Cycles kondratief
Cycles kondratief – source inconnue*
 

II — La diversité des évolutions conjoncturelles

Les évolutions conjoncturelles sont les variations de l’activité économique dans le court terme. Elles se traduisent par des déséquilibres temporaires qui sont mis en évidence par divers indicateurs : taux de croissance du PIB, taux d’inflation, taux de chômage, solde de la balance des transactions courantes. Ces évolutions sont cycliques, ce qui veut dire que l’activité économique est alternativement en expansion et en récession. Mais l’ampleur et la périodicité des fluctuations varie d’une époque à l’autre et d’un pays à l’autre.

A. — Les évolutions économiques dans les pays développés depuis 30 ans

Après la crise de 1973 / 75 qui met fin aux « 30 glorieuses » (1945 1973), quatre grandes phases caractérisent l’activité économique des pays développés à économie de marché.

1 — une phase de stagnation (1973 — 1981) : après le choc pétrolier de 1973, la stagnation, c’est-à-dire une croissance ralentie (le PIB passe de 5 % en 1970 à 2 % en 1980) jumelée avec l’inflation (plus de 10 %) ; le chômage augmente rapidement ; le commerce extérieur est en déficit.

2 — une première phase de désinflation (1982 — 1990) : l’inflation ralentit, la croissance reprend mais plus lentement que dans les années 60 ; cette reprise permet de stabiliser voire de baisser le chômage.

3 — une récession (1991 — 1993) : la guerre du Golfe et la crainte de l’inflation entraîne un fort ralentissement de l’activité économique d’abord aux États-Unis puis en Europe. Le chômage progresse dans la plupart des pays développés.

4 — une deuxième phase de désinflation (depuis 1994). La croissance reprend, aux États-Unis dès le début des années 90, en Europe depuis 1997. Le Japon, confronté à des difficultés financières, reste à l’écart.

La fin du millénaire se caractérise par une croissance mondiale quasiment générale. Les nouvelles technologies ont indéniablement contribué à cette expansion. Cependant, l’économie américaine montre quelques signes d’essoufflement depuis le milieu de l’année 2000, essoufflement accentué par les attentats du 11 septembre 2001.

5 — une crise économique mondiale en 2008

6- Etat des lieux en 2016

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Alors que l’Amérique du Sud devrait marquer le pas en 2016, avec pas moins de 5 pays où la récession économique frapperait (Argentine, Brésil, Equateur, Guyana et le Venezuela), l’Asie se montrerait toujours aussi dynamique, en dehors du Japon, où le niveau de croissance devrait rester assez faible (+ 0,4 %). En Zone euro, les prévisions de croissance sont toujours timides (globalement inférieures à 2 %, la Grèce toujours en récession), contrairement aux Etats-Unis (+ 2,4 %). En Afrique, les taux de croissance resteraient élevés.

Source BSI Economics

B. — Les politiques économiques associées

Les politiques économiques suivis par les états expliquent en partie les évolutions conjoncturelles. Voici quelques exemples.

– La période 73 — 81 se caractérise par des politiques économiques de tendance libérale ; le rôle des marchés financiers s’accroît. En France, en 1981 (au lendemain de l’arrivée de la gauche au pouvoir), une politique de relance par la demande sera rapidement abandonnée face au creusement du déficit commercial (l’accroissement de la demande stimule les importations et reste sans effet sur la production intérieure).

– Au cours de la période 82 — 90, les politiques économiques de rigueur et la baisse du prix du pétrole permettent de baisser le taux d’inflation.

La croissance reprend grâce aux gains de productivité réalisés par les entreprises. La construction européenne est relancée avec la signature en 1986 de l’Acte Unique. La France mène, comme les autres pays, une politique de désinflation rigoureuse.

– Pendant la période 1990 — 1993, les pays développés poursuivent leur politique de désinflation. L’économie américaine entame une longue période de croissance fondée sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication (N.T.I.C). L’Europe aborde ces nouvelles technologies avec retard, d’où un décalage de conjoncture.

 – Depuis 1994, les pays européens luttent contre le chômage (en France création d’emplois-jeunes, loi sur les 35 heures) et tentent une relance de l’économie tout en respectant les critères économiques posés par le traité de Maastricht.

Les restrictions de la politique budgétaire ont été compensées par une politique monétaire moins stricte : la baisse des taux d’intérêt en 1998 et 1999 dans les pays industrialisés a baissé les coûts de financement, ce qui a stimulé la consommation et l’investissement.

– Actuellement

« La France est engagée depuis plusieurs années dans une politique volontariste de réduction de son déficit budgétaire. Celui-ci se situait à 7,9 % du produit intérieur brut (PIB) en 2009 et à 4,3 % en 2013.
Une politique de maîtrise des déficits et de la dette publique nécessaire mais très coûteuse : selon les calculs de l’OFCE, l’effet restrictif de l’austérité budgétaire a atteint un niveau comme on n’en pas connu au cours des quarante dernières années, y compris dans les années 1990 lorsqu’il avait fallu s’adapter aux critères de convergence de Maastricht.
Or, en dépit de cet effort historique, qui va être prolongé jusqu’en 2017 avec les 50 milliards d’économies dont le gouvernement va bientôt donner le détail, la France a du mal à réduire son déficit : 4,8 % du PIB en 2012, 4,3 % en 2013, la réduction est lente.
Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que la France, comme tous les autres pays, a sous-estimé les conséquences négatives de l’austérité sur la croissance. Il semblerait bien que lorsque l’on engage une politique visant à gagner 1 point de déficit, on tue la croissance de plus d’un point. Du coup, les recettes fiscales ne rentrent plus aussi bien qu’avant et on a du mal à réduire le déficit, ce qui réclame encore davantage d’austérité et donne encore plus de mal à réduire le déficit. »
Source – Alternatives économiques

 



Croissance et fluctuations – Par Evelyne Delorme


C — Les déterminants des évolutions conjoncturelles

Le premier de ces déterminants est constitué par l’ensemble des politiques conjoncturelles suivies par les états. Mais il y en a d’autres : baisse de la consommation (perte de pouvoir d’achat, chute de la confiance..), mouvements sociaux, événements accidentels (climatiques, politiques, attentats…). La phase de récession du cycle long accentue les dégradations conjoncturelles ou diminue l’intensité des reprises.

En général, il y a un décalage de conjoncture entre les pays . Ce décalage s’explique, notamment, par la diversité des politiques conjoncturelles suivies. La réduction de ce décalage est une caractéristique de l’économie mondiale au début du XXIe siècle. Elle s’explique, d’une part, par la corrélation des marchés financiers et, d’autre part, par un rapprochement des politiques économiques.

Cette synchronisation est particulièrement nette au sein de l’Union européenne et, plus particulièrement, de la zone euro. Mais la convergence des taux d’intérêt et des cours boursiers sur les marchés internationaux de capitaux contribuent au rapprochement des économies de tous les pays industrialisés.

 

 

* (auteur inconnu – image publiée sous réserve)







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5 thoughts on “Facteurs d’explication de la croissance – fluctuations et cycles économiques

  1. Cette explication ne tient pas compte d’un facteur essentiel pour le futur : la disponibilité de l’énergie fossile… La croissance ou augmentation du PIB EST LIEE à cette disponibilité ( cf. Jancovici)

  2. Bonjour ,

    J’aimerai que vous me communiquiez la source de votre graphique sur les cycles Kondratief, il est très bien fait et je souhaiterai savoir dans quel ouvrage ou revue , vous l’avez trouvé.
    Avec tous mes remerciements.
    Delphine Alexandre.

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