Dès l'instant où une organisation atteint un certain seuil
de croissance, le chef d'entreprise ne peut plus tout faire, tout organiser
et tout superviser. L'organisation générale et le climat social en souffriraient.
Il devient alors nécessaire de procéder à des délégations
de pouvoir ou encore d'organiser la manière de décentraliser
les responsabilités et la prise de décision.
De ce point de vue, on distingue habituellement la délégation
de pouvoir ( qui est surtout une affaire individuelle ) de la décentralisation
qui, quant à elle, s'inscrit dans la structure même de l'entreprise.
Quoi qu'il en soit, la prise de décision est étroitement
liée à la structure de la hiérarchie d'entreprise ( fonctionnelle -- divisionnelle
-- matricielle -- structure moderne flexible -- etc.... ).
Il convient donc , dans ce chapitre, d'étudier dans un premier
temps les niveaux de décision en opposant la théorie et la pratique. Dans
un second temps, il conviendra d'analyser les différentes modalités d'attribution
et de répartition du pouvoir dans l'entreprise ( délégation est décentralisation
).
I -- la prise de décision
-- les niveaux de décision.
« Chaque jour, des chefs d'entreprises très occupés doivent
analyser de nombreuses situations et prendre des centaines de décisions. Par
exemple, pourquoi les ventes sont-elles élevées dans une ville et moins importantes
dans une autre ? Investir dans un nouvel équipement provoquerait-il une meilleure
productivité ou davantage de confusion ? Il est rare que nous puissions réfléchir
sur notre manière de penser. Chaque décision est le résultat d'un processus
complexe qui, en règle générale, implique deux manières de réfléchir : regarder
en arrière pour comprendre le passé et voir plus loin pour prévoir l'avenir.
Regarder en arrière est une action essentiellement
intuitive et suggestive ; elle implique que l'on recherche des normes, que
l'on fasse le lien entre des événements apparemment sans rapport, que l'on
évalue des raisonnements possibles pour expliquer l'événement, et que l'on
trouve une image ou une théorie pour pouvoir voir plus loin.
Voir plus loin est une action différente. Elle ne nécessite
pas de l'intuition mais une certaine formulation mathématique, le décisionnaire
doit rassembler et évaluer un certain nombre de variables, et ensuite faire
une prévision. En suivant une stratégie ou une règle de conduite, en évaluant
l'exactitude de chaque facteur est en associant tous les éléments d'information,
le décisionnaire parvient à faire une prévision unique et complète.
Même si les dirigeants de sociétés utilisent sans cesse
deux manières de penser, ils ne sont pas tous conscients de leur différence.
Qui plus est, ceux qui manque de connaissances poussent les décisionnaires
à tomber dans les pièges de la pensée,ce qui amène à prendre de mauvaises
décisions. En sachant comment regarder en arrière et réfléchir à l'avenir,
nous avons la possibilité de reconnaître ces pièges et d'améliorer la qualité
de nos décisions....... »
Hillel - Einhorn -Robin - Hogart , extrait de
Harvard L'Expansion.
-- En théorie :
En théorie et les niveaux de décision doivent correspondre
aux niveaux hiérarchiques. Nous avons détaillé dans le chapitre précédent
la classification des décisions selon leur degré de risque et selon leur finalité.
Selon leur finalité, les décisions sont classées en trois
grande catégories : -- les décisions stratégiques -- les décisions tactiques
ou de pilotage -- les décisions opérationnelles.
Les choses devraient en principe être simples. Les dirigeants
prennent les décisions stratégiques alors que les responsables des sous- systèmes
prennent les décisions politiques ou tactiques. Les chefs d'équipe, quant
à eux, prennent les décisions de régulation (ou décisions opérationnelles).
Les exécutants prennent les décisions d'exploitation.
-- En pratique :
En pratique, on constate que très souvent les niveaux théoriques
de décision ne correspondent pas exactement aux niveaux hiérarchiques et ceci
pour plusieurs raisons :
Tout d'abord, certaines personnes sont incapables de prendre
des décisions. Il est en effet assez lucide de constater que bon nombre
de "soi disant" décideurs qui sont pourtant, chargés de responsabilités
se révèlent, en fait, incapables de diriger valablement un service ou tout
simplement de prendre des décisions opportunes. Ainsi que le disait Peter
, de tels dirigeants ou responsables ont peut-être atteint leur « niveau d'incompétence
».
Par ailleurs, on constate l'apparition et le développement
de nombreux réseaux informels de relations et de communication dans
les organisations. Ces réseaux informels ont parfois un pouvoir considérable
dans le processus de la prise de décision.
Ajoutons enfin que certaines postes nouveaux peuvent être
créés alors qu'ils n'étaint pas prévus dans la hiérarchie initiale. Les règles
du jeu peuvent être ainsi faussées par rapport à l'organisation des pouvoirs
telle qu'elle était prévue dans l'organisation de la structure.
Certains dirigeants peuvent avoir un espace de commande relativement
restreint alors que leur champ d'action est très étendu. L'espace de commande
correspond à la latitude décisionnelle d'un individu. Par exemple, un directeur
financier commande tous ses collaborateurs directs à l'intérieur de son service.
La notion de champ d'action correspond à la zone d'influence réelle de l'action
d'un individu. Par exemple, certaines personnes peuvent avoir un espace de
commande relativement restreint alors que leur champ d'action est très étendu.
Il en est ainsi du directeur financier dont le champ d'action recouvre en
partie ceux du directeur technique, du directeur commercial, ou du directeur
des ressources humaines. Parfois même, le champ d'action d'un individu peut
dépasser le cadre de l'entreprise. Il en est ainsi pour les très grandes entreprises
dont les décisions stratégiques peuvent même influencer l'attitude des pouvoirs
publics (Microsoft aux USA, Renault en France, etc.......).
II -- La délégation et la
décentralisation des pouvoirs.
A -- La délégation.
La délégation doit être très nettement distinguée de la décentralisation.
En matière de délégation, il s'agit, pour un supérieur hiérarchique, de donner
à un subordonné qui accepte (la notion d'acceptation est importante ici),des
missions dont il rendra compte au terme d'une période convenue.
La délégation peut donc être temporaire ou définitive.
-- La délégation temporaire est la
forme de délégation la plus fréquente. Un subordonné peut, par exemple, prendre
des décisions en l'absence du décideur. Il peut s'agir, par exemple, de recevoir
un fournisseur ou encore de signer un contrat de vente. Parfois, la délégation
est indispensable, notamment lorsque la décision requiert des compétences
particulières ( choix d'un système d'usinage, choix d'une installation en
réseau, etc.... ). Lorsque la délégation est temporaire les notions d'autorité,
de décision et de responsabilité sont dissociées. En théorie, la décision
est prise par le subordonné mais le décideur conserve l'autorité et doit assumer
la responsabilité des conséquences de la prise de décision. De ce point de
vue, un subordonné n'est donc pas ( en théorie ) responsable des conséquences
éventuelles d'une mauvaise décision.
-- La délégation permanente que l'on
qualifie encore de distribution d'autorité consiste à accorder le droit de
décider dans certaines situations mais aussi de faire exécuter et de contrôler
les résultats.
En matière de délégation permanente on associe autorité,décision,
et responsabilité. Le subordonné se trouve investi du pouvoir rendre la décision
et doit en assumer les responsabilités. En principe, une délégation permanente
doit faire l'objet d'un avenant dans le contrat de travail du subordonné.
En règle générale le degré de responsabilisation des individus
va de pair avec le climat social. Notons toutefois que lorsque les travailleurs
disposent de peu de possibilités de décision mais sont investis de responsabilités
importantes le climat social tend à se détériorer -- c'est le cas des organisations
de type bureaucratique ( l'administration par exemple ).
-- Les avantages de la délégation :
- Meilleur contrôle de la mise en oeuvre de la décision car le décideur
est sur le terrain.
- Meilleur participation du personnel de l'entreprise au processus de
prise de décision.
- Réduction des délais d'application de la décision.
- Les décisions sont souvent prises par des spécialistes, ce qui est
un gage de qualité des décisions.
- « Pause café pour le décideur qui délègue ! ! ! » ( lucide, mais à
relativiser et surtout pas à généraliser -- quoi que ! !)
-- Les inconvénients de la délégation :
- Risque de circulation d'informations contradictoires -- ce qui est
source d'inefficacité pour les organisations.
- Risque de désorganisation de la hiérarchie dans la mesure où certains
centres de décision inférieurs peuvent prendre le pas sur les supérieurs.
Notons ici l'importance des réseaux informels de communication qui se
créent dans les entreprises.
B. -- la décentralisation
Nous venons de constater que la délégation est surtout une
affaire de personne à personne. La décentralisation, quant à elle, relève
de l'organisation et de la structure de l'entreprise.
La notion de décentralisation se fonde sur les deux
principes suivants :.
- -- Pour que la décision soit efficace elle doit être prise le
plus près possible de son niveau d'application.
- -- la division de l'entreprise en unités autonomes.
Prenons par exemple la structure divisionnelle. L'entreprise
est organisée en branches d'activités autonomes et souvent indépendante sur
le plan juridique. Une telle structure nécessite une définition précise des
objectifs de chaque unité décentralisée et surtout la mise en place d'un système
efficace de contrôle, d'informations, et de coordination.
Les cadres supérieurs peuvent se concentrer sur la réflexion
stratégique et se détacher des tâches « subalternes ».
-- Avantages de la décentralisation.
- Les décisions se prennent au mieux des compétences de chacun.
- Aucun risque de perturbation en cas d'absence.
- Plus grande souplesse dans le processus de prise de décision. Par exemple,
un agent commercial sera libre de décider de l'importance des remises
accordées à ses clients (si toutefois se pouvoir lui est accordé).
- Communication et actions correctives mises en oeuvre plus rapidement.
-- inconvénients de la décentralisation.
- La décentralisation nécessite la mise en place d'un système de contrôle
mais les coûts sont parfois très élevés.
- Risque de mauvaise coordination entre des niveaux hiérarchiques identiques.
La structure matricielle, par exemple, se caractérise par l'apparition
de zones de compétences communes ( voir chapitre 1 sur les structures
d'organisation des entreprises ).
- Risque de mauvaise décision si le délégué manque de formation ( ou
d'informations ).
.