Synthèse : Faut- il plus ou moins d'état ?



Le système économique d’un pays est défini par la degré d’intervention de l’Etat dans ce domaine. Ainsi, une question récurrente englobe les hypothèses de réformes proposées : faut-il plus ou moins d’Etat ? Une telle interrogation, plus complexe qu’elle n’y paraît, renvoie à un autre serpent de mer de la réflexion politique : quel doit être le rôle de l’Etat dans l’économie d’un pays ?

Pour répondre à ces problématiques, nous développerons un raisonnement en deux temps. Dans une première partie, nous étudierons l’alternative devant laquelle se trouve tout régime démocratique (I). Dans une seconde partie, nous tenterons de discerner les limites de l’opposition "plus d’Etat" / "moins d’Etat" (II).

I – Une alternative héritée du passé de la France

Sans être un pays bipartisan, la France a toujours hébergé en son sein deux camps politiques distincts, la gauche et la droite, souvent divisés en plusieurs partis chacun. Evidemment en désaccord sur le rôle de l’Etat, ces deux courants de pensées, hérités des années post-révolutionnaires, ne sauraient se résumer à "plus d’Etat" d’un côté et "moins d’Etat" de l’autre. Dès lors, il convient tout d'abord de présneter d’analyser le premier mode de pensée, hérité de Keynes (A), avant de s'attarder sur le modèle libéral (B).

A – "Plus d’Etat" : l’Etat providence et les relances keynésiennes

La base de la pensée keynésienne réside dans le fait de considérer que la demande effective détermine le niveau de production donc le niveau de l'emploi. Les stratégies politiques de relance keynésienne se fondent également sur l'importance du rôle de l'état dans l'économie. Keynes ne croit pas à l'autorégulation de l'économie par les mécanismes naturels des lois du marché. L'état doit donc intervenir en tant qu'agent régulateur car le capitalisme livré à lui-même ne peut que conduire à des crises chroniques. C'est à l'Etat d'intervenir pour relancer la demande de biens de consommation et de biens d'investissement.

Selon le principe de l'accélérateur d'investissements, à partir du moment où la consommation augmente sous l'effet d'une relance, la production doit nécessairement s'adapter. Le mécanisme de l'accélérateur implique qu'une variation de la demande de biens de consommation entraîne une variation beaucoup plus importante de la demande de biens d'investissements. Le terme Welfare State est apparu dans les années 40. C’est en effet à cette époque, après la 2nde guerre mondiale, que les pays occidentaux ont mis en place un système de solidarité qui n’a cessé de se développer depuis, appliquant les politiques keynésiennes. L'économie n'était pas aussi mondialisée qu'aujourd'hui et les politiques de relance étaient souvent très efficaces pour relever le niveau de demande.

Au Canada, le gouvernement a établi un ensemble de mesures pour limiter la propriété étrangère des médias alors que la pression mondiale pour créer de grandes ensembles transnationaux s'accroît. En même temps, les gouvernements sont actuellement plongés dans une réflexion sur leur rôle réglementaire. Un comité de la Chambre des communes parcourt le pays depuis des mois en prévision d'une refonte complète de la Loi sur la radiodiffusion.

D'autre part, même si les pays en développement réussissent à exporter des produits, leurs importations restent plus coûteuses que ces dernières. Ainsi, la balance courante des pays en développement est en déficit permanent. De plus, quelques pays se sont spécialisés dans la production d'un nombre réduit de produits (par exemple le cas de la Côte d'Ivoire et la production de cacao) ce qui les rend plus fragiles aux variations des prix de ces produits.

A ces différents problèmes des pays en développement, les économistes d'inspiration marxiste préconisent le modèle de développement autocentré qui implique une forte intervention étatique dans l'économie. En fait, l'État doit favoriser des politiques de grands travaux et participer à la création d'industries pour créer des effets d'entraînement sur l'ensemble de l'économie. De plus, l'État doit procéder à la fermeture des frontières du pays pour éviter l'exploitation de la part des pays riches.

En conséquence est né un nouveau courant de pensée économique : le tiers-mondisme qui octroya au rôle de l'Etat une place primordiale pour favoriser le développement. De nombreux économistes tiers-mondistes avaient des inspirations du courant marxiste. En effet, l'économiste arabe Amin s'est intéressé aux différences de rémunération du facteur travail entre les pays du Nord et les pays du Sud. A quantité de travail égale, les travailleurs des pays développés sont mieux payés que ceux des pays en développement.

Ainsi, l'Etat doit favoriser la création de nouveaux secteurs industriels. L'industrialisation en vol d'oies sauvages de la Corée du Sud est un exemple du rôle de l'Etat dans un processus de remontée de filières grâce à l'imitation des produits venant des pays industrialisés. L'Etat doit aussi favoriser la naissance du tissu industriel national en appliquant des forts tarifs douaniers aux produits industriels étrangers. Ainsi, le Brésil adopte de très forts tarifs douaniers pendant les années 50.

Les échecs du modèle keynésien ont commencé à partir des années 70. Tout d'abord la théorie keynésienne raisonne en économie fermée. À l'heure actuelle, l'internationalisation croissante des économies constitue une sérieuse limite aux relances. Ensuite, il n'est pas aisé d'agir sur le niveau de consommation globale car celle-ci dépend de facteurs économiques et psychosociologiques peu identifiables ou maîtrisables. Le modèle keynésien ne raisonne donc qu'à court terme. Or, depuis le premier choc pétrolier de 1973, les relances de type keynésiennes aggravent même la crise en augmentant les déficits.

La crise financière de l’Etat providence résulte de l’accroissement des prélèvements obligatoires par rapport aux richesses nationales produites. En effet, la croissance des dépenses publiques liées aux politiques sociales et de redistribution, est principalement depuis 1974 supérieure à la croissance économique. En effet, il y a eu au cours des 40 dernières années trop d’attitudes de demande de prise en charge par l’état : il est légitime de s’interroger sur le bien fondé de beaucoup de transferts de responsabilité.

B – Moins d’Etat : l'optique libérale

A partir des années 80, les politiques économiques mises en place sont des politiques de rigueur, qui préconisent la maîtrise des déficits publics en freinant la création monétaire, en limitant les possibilités de recours un crédit et en freinant la hausse des salaires pour éviter une inflation par la demande. Les politiques de désengagement de l'Etat se traduisent par une déréglementation dont l'objectif de redonner une certaine liberté aux entreprises mais aussi de stimuler l'activité économique par la concurrence.

Du "plus d'Etat" des années soixante-dix au "mieux d'Etat" des années quatre-vingt, on est passé au "moins d'Etat" des années quatre-vingt-dix. La dynamique des ajustements structurels et son corollaire la privatisation, pris dans l'acception la plus large du terme, poussent les fonctions publiques du continent africain à se tourner, de façon quelque peu défensive et réactive, vers la création d'entreprises afin de chercher à régler les problèmes d'emplois posés par les "déflatés" et le nombre croissant d'étudiants qui sortent des universités.

La courbe de Laffer, du nom de l'économiste américain Arthur Laffer, vise à expliquer les relations entre le taux de l'impôt et le montant des recettes fiscales. Lorsque le taux de l'impôt est nul, son rendement est évidemment nul ; mais lorsque le taux de l'impôt atteint 100 %, son rendement est également nul, plus personne n'ayant intérêt à produire. La question est de savoir ce qui se passe entre les deux : la thèse de Laffer est la suivante. Dans un premier temps, lorsque le taux de l'impôt augmente, les recettes fiscales augmentent également. Mais au delà d'un certain seuil d'imposition, la hausse de la pression fiscale fait que la matière imposable "se dérobe" : autrement dit, le poids de l'impôt décourage l'effort productif, ce qui réduit la masse du revenu imposable ; les recettes fiscales elles-mêmes diminuent. Cette analyse a eu un impact considérable aux Etats-Unis, où elle a accompagné les mouvements dits de révolte des contribuables. Ces mouvements de baisse de l'impôt - qui s'inscrivent dans la philosophie générale de l'économie de l'offre - se sont ensuite étendus à tous les Etats-Unis. En effet, la pression fiscale, aux Etats-Unis et encore plus en Europe, a atteint un tel niveau qu'elle condamne tout effort productif supplémentaire, décourageant la production, les revenus, l'épargne, l'activité en général. La baisse de la pression fiscale devrait libérer les forces productives, et provoquer une progression de la production: par là même, la matière imposable augmentera, et le rendement de l'impôt aussi, tout en étant plus léger en pourcentage des revenus. Cette analyse rejoint le courant de l'économie de l'offre, parce qu'elle vise à agir sur l'activité du côté de la production au lieu de manipuler la demande comme le proposent toutes les politiques d'inspiration keynésienne.

Les économistes libéraux ont une conception particulière du développement. Tous les pays doivent suivre un schéma linéaire afin d'atteindre l'ère de la consommation de masse. L'Etat ne joue donc qu'un rôle secondaire - voire nocif - dans le processus de développement. D'après les fondateurs de l'Ecole classique, Smith et Ricardo, le commerce international est un jeu à somme positive, tous les participants y gagnent. Les pays en voie de développement doivent donc chercher leur avantage absolu ou comparatif et procéder à l'ouverture de leurs économies au marché mondial. L'Etat ne doit donc pas intervenir en imposant des barrières protectionnistes, il doit laisser le processus de développement dans les mains de la main invisible du marché.

Toutefois, les organisations internationales ont été très présentes dans le mouvement d'insertion des pays en développement dans le commerce international. Sous la volonté du "Trade but not aid" fut créée la première CNUCED en 1964, qui imposa de nouvelles règles favorisant les pays en voie de développement au sein du GATT. Connu, depuis le début des années 1990, sous le nom de Consensus de Washington, cet ensemble de règles économiques imposées aux pays en développement est un véritable plaidoyer des idées libérales. Ainsi, les deux institutions nées de la conférence de Bretton Woods en 1944, la Banque Mondiale et le FMI, qui se sont spécialisées peu à peu dans les prêts à court et à long terme aux pays en développement, imposent les PAS (plans d'ajustements structurels) aux pays emprunteurs. Les PAS imposent donc la désintervention de l'Etat dans l'économie pour favoriser le développement. D'autre part, remarquons que l'ensemble d'actions libérales effectuées par les économistes américains au Chili pendant les années de dictature du Général Pinochet ont été un véritable succès économique. Aujourd'hui le Chili est un des pays les plus développés en Amérique latine.

Dans la pensée libérale, l'explication des phénomènes économiques se trouve dans l'action des seuls individus, acteurs sur les marchés. L'individu est considéré comme un être rationnel qui procède à des calculs afin d'atteindre le mieux possible ses objectifs, compte tenu des contraintes environnementales qui s'imposent à lui. La démarche classique est donc une démarche microéconomique : ce sont les lois du marché - ou loi de l'offre et de la demande - qui doivent conduire à un équilibre macroéconomique général dans le cadre d'une concurrence pure et parfaite. C'est la poursuite des intérêts particuliers qui aboutit à la satisfaction générale, au bien-être de la société sans que cette recherche des intérêts particuliers ne soit considéré comme nuisible à l'intérêt général, bien au contraire.

La "main invisible" du marché suppose que la recherche par chacun de son intérêt individuel permettra d'atteindre l'intérêt général. Elle aboutit à la meilleure efficacité économique qui soit et concilie parfaitement l'intérêt général et les intérêts particuliers. Il en résulte naturellement une volonté sans équivoque de maintenir l'état hors de la vie économique. Il suffit que chacun poursuive son activité pour que se réalise l'harmonie sociale. Au final, nous pouvons donc dire que dans une optique libérale, le marché correspond à un processus d'ajustement entre les actions économiques des individus, processus qui apparaît comme le seul moyen de concilier la liberté individuelle et les contraintes sociales.

Le "laisser-faire, laissez-passer" signifie que la liberté d'entreprendre et la propriété des moyens de production sont à même d'assurer la meilleure efficacité économique. Il faut en quelque sorte laisser faire les individus à l'intérieur d'un pays et laisser passer les marchandises entre les nations. Le "laisser passer" correspond au libre-échange. Les biens, les services, et les hommes doivent pouvoir librement circuler entre les nations. Sur le plan des relations entre état, chaque fois qu'il existe un avantage absolu pour la production d'un produit, le commerce international est souhaitable.

Jean-Baptiste Say a été rendu célèbre par la fameuse "loi des débouchés" qui représente toujours dans une certaine mesure le fondement théorique des politiques libérales de l'offre, qualifiées pus tard de politiques de rigueur. Cette loi économique se formule de la manière suivante : "La valeur de la production au moment ou les biens sont offerts sur le marché est équilibrée par le revenu distribué à ceux qui ont participé à l’œuvre de production". Pour Say, le revenu est égal au coût de production. C'est donc l'offre qui précède la demande et non l'inverse. La loi des débouchés a été formulée différemment beaucoup plus tard. Le théorème d'Helmut Schmidt est maintenant devenu classique "Les profits d'aujourd'hui feront les investissements de demain qui créeront les emplois d'après demain". C'est le fondement théorique des politiques de l'offre. Donc, pour Say et les libéraux, la possibilité d'un déséquilibre global causé par une insuffisance de la demande par rapport à l'offre ne peut se concevoir.

Certains prétendent voir de mesures keynésiennes dans la politique américaine actuelle. Par exemple, le soutien apporté aux compagnies d’assurance américaines après les attentats du 11 septembre. Il ne s’agit nullement d’une "aide économique" mais du respect d’une règle classique dans tous les pays industrialisés. Il y est en effet prévu, dans tous les contrats d’assurance, que les compagnies sont dégagées de certains engagements lorsque survient un "état de guerre", auquel cas l’Etat se subroge aux assureurs. Or les Etats-Unis ont déclaré officiellement cet état de guerre. On ne se trouve donc pas devant une aide financière camouflée mais devant une application stricte des lois.

De plus, il ne faut pas oublier que, dans le passé, les "relances keynésiennes" ont toujours été financées par des emprunts. Ce qui a créé des déficits budgétaires abyssaux, à l’instar de ce que l’on l’a connu au Japon, où l’on a pratiqué depuis dix ans un politique keynésienne qui n’a entraîné aucune relance mais a, en revanche, créé un déficit public de près de 140% du PIB. Ce qui est exactement le contraire de ce qui s’est passé aux Etats-Unis où les sommes investies après le 11 septembre provenaient de surplus budgétaires. On ne dépensait donc que de l’argent déjà thésaurisé.

Mais cette pensée de l’"Etat minimum" a aussi ses contradicteurs et ses failles. Dans les années 80, la France était "en crise". Le théorème de Schmidt permettait de garder espoir. D’autant qu’il était apposé à une autre loi, le théorème d'Albert (M. Albert était commissaire français au plan), selon lequel "l'emploi est lié à la croissance, la croissance est liée à l'équilibre extérieur, l'équilibre extérieur est lié à l'adaptation de l'industrie". Or, vingt ans plus tard, la crise est toujours là. Pourtant, question profits, ou équilibre extérieur, les résultats ne pouvaient être meilleurs : rien qu'entre 1990 et 1996 la capacité de financement des entreprises s'est accrue de 283,9 milliards de francs. Quant à la balance commerciale de la France, elle était excédentaire de 173,4 milliards de francs en 1997. Par contre, l’emploi est toujours sur le fil du rasoir. Le théorème de Schmidt semble s’être quelque peu transformé en théorème de Michelin : "Les profits d'aujourd'hui font les licenciements de demain et les dividendes d'après-demain".

Ainsi, au vu des imperfections des deux modes de pensée ("plus d’Etat" et "moins d’Etat"), il paraît intéressant de remettre en question cette alternative binaire pour la transcender et appréhender une autre vision du problème.

II – Une alternative aujourd’hui contestée

Les deux positions extrêmes comportant des failles, il convient de rompre avec cette alternative (A') pour trouver une solution plus nuancé selon les domaines (B').

A’ – Une question dépassée car trop simpliste

Les transformations économiques et sociales intervenues en Europe depuis la chute du mur de Berlin risquent de marginaliser une population croissante. Le fossé pourrait se creuser davantage entre ceux qui possèdent la connaissance et ceux qui ont des difficultés à maîtriser les changements technologiques. Certes, d’autres influences ont déjà profondément modifié les comportements au sein de nos communautés. L’Etat se trouve donc face à une fracture susceptible de conduire à l’éclatement de nos sociétés européennes, comme le montre l’évolution rapide de la situation en Allemagne.

La question n’est plus : plus ou moins d’Etat. Mais bien celle d’un Etat différent, en phase permanente avec l’évolution rapide du monde et à même de faciliter chez les citoyens - aussi bien que chez les acteurs économiques, sociaux, pédagogiques et culturels - les adaptations auxquelles chacun doit se préparer pour mieux maîtriser son avenir et sa place dans la cité. Le Conseil d’Etat souhaite donc faire converger plus résolument divers intérêts, en les équilibrant et en accompagnant ceux de ses citoyens qui ont perdu durablement ou provisoirement leurs moyens d’existence.

A cette fin, le Conseil d’Etat exerce quatre missions principales: l’Etat autorité, l’Etat garant, l’Etat initiateur, l’Etat partenaire. De plus, il s’attache à mettre en place de nouveaux repères qui permettront à la majorité des habitants de retrouver un sentiment d’appartenance et de solidarité. Les diverses composantes de cette conception de l’Etat ont de profondes incidences sur l’organisation et l’épanouissement des institutions du Canton, en particulier de son gouvernement et de son administration.

Pour les théoriciens libéraux, l'Etat ne doit donc pas intervenir économiquement. Mais l'Etat en tant que tel, peut même constituer une entrave au développement. D'après les économistes du Public Choice, l'Etat ne répond qu'aux besoins individuels des hommes politiques ou des puissants lobbies. Ainsi, dans de nombreux pays en développement, le pouvoir politique et économique du pays est entre les mains de quelques grands groupes financiers et industriels. La logique de l'Etat n'est pas une logique collective qui favoriserait le développement du pays en général, mais une logique personnelle que l'on peut considérer comme un comportement de « rent seeking ». De nos jours, on se trouve dans un contexte de mondialisation de l'économie. Les rapports entre pays ne sont plus les mêmes qu'il y a cinquante-ans. Quel nouveau rôle octroyer donc à l'Etat pour favoriser le développement de certains pays actuellement ?

Il est évident que la pauvreté tue le développement. Un pays pauvre ne peut pas avoir une forte épargne nationale. Sans épargne il n'y a pas d'investissements, sans investissements il ne peut pas y avoir ni croissance économique, ni emploi et alors la pauvreté continue. Il s'agit du cercle vicieux du sous-développement de Nurske. L'État doit donc assurer la redistribution des revenus dans les pays en développement pour « casser » ce cercle vicieux.

Même dans une logique classique, l'État doit assurer un minimum de ressources à sa population. Dans la plupart des pays en développement (surtout dans les PMA) il n'existe aucun système de protection sociale. Ceci constitue une entrave au développement puisque les individus n'ont aucune sécurité sociale en cas de maladie, chômage…De plus, la déréglementation et la désintervention étatique dans les pays en développement imposées par les PAS peuvent engendrer des graves problèmes sociaux comme le montre l'exemple de l'Argentine ces dernières années.

Selon les théoriciens de la croissance endogène, l'Etat doit être créateur d'externalités positives afin de soutenir la croissance. Ainsi, Daniel Cohen considère que le facteur travail a joué un rôle essentiel dans le développement des NPI d'Asie du Sud Est.L'Etat doit être en charge de l'éducation et de la santé des citoyens du pays, il doit effectuer des dépenses en recherche et développement afin de favoriser le développement du pays. L'ex-économiste en chef de la Banque Mondiale, Joseph Stiglitz, considère que les avantages comparatifs des pays dans le commerce international ne « tombent pas du ciel », au contraire, il faut les construire et l'État doit participer activement à cette construction afin de favoriser le développement des pays du tiers monde à travers leur insertion dans le commerce international.

Le libéralisme se fonde principalement sur l’idée d’une intervention limitée de l’Etat et sur les vertus du marché comme moyen de régulation de base. Le problème réside dans le fait que le libéralisme lui même a révélé ses insuffisances mais se trouve aujourd’hui seul à dénoncer ce qui ne va pas (gaspillages, pertes de rentabilité, etc. Malgré tout, certains libéraux, et c’est nouveau, ne nient plus les insuffisances de la théorie classique d’équilibre par le marché. Ils ne se prononcent donc pas pour le « non état » mais pour le « moins d’état ». De ce point de vue, il est clair qu’à leurs yeux, les insuffisances du libéralisme sont moindres que celles générées par l’état providence.

Mais, ce genre d’approche part du présupposé qu’il n’existe pas d’autres alternatives que celle du choix entre public et privé. La question est donc celle de la recherche du bon équilibre entre ces deux sphères de la vie économique et sociale que sont le public et le privé.

B’ – Une alternative éclipsant les nuances intermédiaires

Certains observateurs et hommes politiques en concluent qu'il faudrait, au niveau des collectivités locales, moins d'Etat dans certains domaines (gestion de projets) et plus d'Etat dans d'autres (redistribution). De même, M. Juppé déclarait en 96 qu’un de ses objectifs était de mettre "moins d'État à Paris et plus d'État dans les régions".

Si d'une part on demande aux gouvernements de moins réglementer les échanges commerciaux, certaines analyses proposent en contrepartie que l'Etat s'occupe davantage d'éducation, de formation de la main-d'oeuvre, d'innovation et de développement technologique. Il faut donc désormais parler d'une nouvelle forme de gouvernance axée vers une gestion publique responsable et de politiques publiques mieux intégrées. Si les citoyens veulent moins d'interventionnisme étatique dans le secteur économique, ils optent pour plus d'Etat pour assurer une certaine cohésion et équité sociale. Une commission canadienne avait d'ailleurs souligné, au début des années 80, que les facteurs structuraux nationaux et institutionnels représentent également des déterminants majeurs à l'essor de sociétés compétitives.

Le travaillisme de Tony Blair s’appuie en particulier sur les propositions du sociologue Anthony Giddens, auteur de La Troisième Voie. Pour Giddens, la troisième voie, c’est celle entre le libéralisme thatchérien et l’étatisme socialiste, aussi bien celui criminel du communisme que celui essoufflé de la social-démocratie des années 50. Il estime que l’Etat doit laisser faire les marchés, tout en n’oubliant pas l’essentiel : une justice qui fonctionne, une police bien équipée, des aides sous conditions aux déshérités, etc.

Adhérer aux idées de la troisième voie, c’est d’abord faire le constat de la faillite finale, après celle du marxisme, de cette stratégie : faillite économique puisque les relances keynésiennes ont conduit à l’inflation et non au plein emploi, faillite politique puisque Ronald Reagan et Margareth Thatcher ont fini par l’emporter, faillite sociale puisque l’Etat providence a créé une classe d’assistés structurels. La question du rôle de l’Etat se pose aussi pour les pays en voie de développement, son intervention dans la vie économique demeurant un sujet controversé, malgré le fait qu’il soit aujourd’hui admis que l'absence totale d'État dans ces pays pourrait s'avérer très défavorable pour ce type de pays. La solution peut donc être la communion entre un État responsable et efficient et un secteur privé très dynamique.

Accroître la socialisation ou trouver un nouvel équilibre fondé sur une extension de la privatisation ? L’avenir n’est envisagé que sous ces deux modes : d’un côté le scénario social étatiste et de l’autre le scénario libéral. Il est clair que le processus de déresponsabilisation (qui consiste pour les individus à confier à l’état un certain nombre de leurs besoins), largement induit par le développement du rôle de l’état providence est à l’heure actuelle remis en question. L’alternative "plus ou moins d’état" ne conduit elle pas à faire l’impasse sur la bonne question qui est de se demander si on ne peut pas faire autrement. Quels sont les éléments de cette alternative ?

L’état providence étant né de la nécessité de corriger les effets néfastes du marché, c’est donc la crise du libéralisme qui a permis l’émergence d’un système de solidarité. Or, l’état providence est aujourd’hui lui même en crise. Il faut donc réinventer une nouvelle forme de prise en charge des besoins sociaux et remettre en question le principe de prise en charge totale de ces besoins par état. Enfin, une plus grande rigueur dans l’utilisation de l’argent public paraît indispensable. Grâce à la technologie, il faut réaliser des économies substantielles dans les grandes administrations traditionnelles en accroissant leur productivité.

Par Remi guyot