Au cours d'une sortie avec des collègues de travail, à l'occasion
d'un repas ou pendant une pause au bureau, difficile d'éviter
le sujet brûlant des 35 heures ! ! En 1998, Martine Aubry, alors
ministre de la solidarité de l'emploi du gouvernement de Lionel
Jospin, présente un projet de loi à l'assemblée nationale sur
la réduction du temps de travail de 39 heures à 35 heures. Les
polémiques se déchaînent alors, allant parfois jusqu'au déclenchement
de mouvements de grève de la part des travailleurs. Même si
le projet de loi a été voté, les controverses n'ont pas cessé
- les économistes, les sociologues, et même les philosophes
ne parviennent pas à s'entendre sur la manière d'y parvenir.
La réduction du temps de travail passe t-elle par une diminution
des salaires ? Jusqu'où peut-on justifier les interventions
étatiques ? La question n'est pas académique et le problème
ne réside pas seulement dans un débat théorique ou des idéologies
s'opposent.
Il convient donc d'étudier dans un premier
temps les arguments en faveur de la réduction du temps de travail,
puis, dans un second temps les arguments inverses.
Première partie : les arguments
en faveur de la réduction du temps de travail.
A -- les problèmes posés :.
L'idée de réduire le temps de travail ne fait
pas l'objet d'un n'optimisme généralisé. Tout le monde s'interroge
-- comment ? Pourquoi ? Pourquoi changer un système alors que
la loi sur les 39 heures semblait, a priori, convenir à tout le
monde. Les 39 heures semblent, en effet,représenter un plancher
extraordinairement résistant. Les partisans de la RTT expliquent
que « une sorte de partage du travail s'est instituée de fait,
au détriment des plus de 50 ans et des moins de 25 ans ». Par
ailleurs, la réduction du temps de travail s'inscrit dans une
logique séculaire de baisse du temps de travail -- on produit
en effet dix fois plus aujourd'hui qu'au début des années 1900
alors que le temps de travail a diminué de plus des deux tiers.
La réduction du temps de travail s'inscrit également dans une
politique de lutte contre le chômage et contre l'exclusion.
B. -- la réduction du temps de travail
apparaît nécessaire.
La CFDT prone la manière forte : Nicole Notat
énonce clairement l'idée d'une réduction massive du temps de travail
à 32 heures par semaine. Il en résulterait des créations d'emplois
et les entreprises seraient dans l'impossibilité d'exiger des
gains de productivité supplémentaire de la part des salariés déjà
en poste dans les entreprises.
La deuxième façon de concevoir la réduction
du temps de travail est un peu plus douce. L'état doit intervenir
pour compenser le surcoût généré pour les entreprises et fournir
des aides. En tout état cause, ces aides seront moins élevées
que le coût annuel d'un chômeur qui s'élève environ à 100 000
F.
Il est donc bien clair que la RTT ne se fera
pas toute seule et que tout le monde doit fournir des efforts
aussi bien du côté patronal que du côté des salariés. La situation
conjoncturelle impose une réduction du temps de travail et représente,
pour ses partisans, une source de croissance. En effet, selon
cette conception, la croissance économique ne peut repartir que
si la demande finale est stimulée, ce qui n'est possible qu'à
la condition que le chômage diminue. La réduction du temps de
travail est donc la condition sine qua non pour entrer à nouveau
dans un cercle vertueux de croissance ou tout le monde y trouvera
son compte. Il ne restera qu'à mieux organiser le partage des
gains de productivité.
Deuxième partie : les arguments
contre la réduction du temps de travail.
A -- la RTT est mauvaise pour
la croissance.
Les adversaires de la RTT invoquent le fait
que celle-ci ne peut qu'être néfaste à la croissance dans la mesure
où elle ne tient pas compte « des coûts unitaires de l'entreprise
». Pour eux, elle serait possible s'il était accompagnée d'une
baisse des salaires. La réforme envisagée ne peut donc que conduire
à des effets pervers voir même à la naissance d'une classe de
"Working poors" comme en Grande-Bretagne. La RTT plongerait la
machine économique dans une spirale récessionniste dans la mesure
où les entreprises seraient obligées d'augmenter leurs prix afin
de compenser leurs pertes sur les coûts unitaires et donc sur
leur gains de productivité.
B. -- Existe-t-il une solution ?
On peut éventuellement envisager une réduction
du temps de travail à un niveau individuel (comme cela se fait
ailleurs depuis quelques années avec le développement du travail
à temps partiel, des contrats à durée déterminée, etc....). De
ce point de vue, la réduction du temps de travail à serait indissociable
d'une montée de la précarité.
Par ailleurs, les emplois sont de moins en
moins interchangeables qu'auparavant. Il n'est pas eu tout évident
que le passage de 39 à 35H crée davantage d'emplois dans les bureaux
d'études, le secteur de la recherche, en bref, dans les secteurs
nécessitant des travailleurs hautement qualifiés qui,souvent,ne
comptent pas leurs heures. De plus, dans certains secteurs, même
si l'employeur diminue les heures de travail, les employeurs parviendront
à augmenter la productivité des salariés déjà en poste sans embaucher
de salariés supplémentaires.
Dun certain point de vue, La réduction du temps
de travail n'est donc pas réaliste.
Troisième partie : le rôle de l'état
dans la mise en place de la réduction du temps de travail.
A -- Le partage des rôles.
Avant de songer à partager le temps de travail,
mieux faut être clair sur le partage des rôles. La volonté politique
de réformer le système est certain mais il ne faut rien précipiter.
L'état doit donc accompagner les entreprises françaises dans la
mise en place de la réduction du temps de travail et les aider
à en assumer la charge.
Une aide financière s'avère donc nécessaire.
Il faudra en effet compenser au départ la perte de gains de productivité
en fournissant des aides aussi bien aux entreprises qu'aux particuliers
qui supportent une diminution de salaires afin d'éviter une baisse
significative de leur niveau de vie.
De plus, l'UNEDIC devrait assurer une compensation
salariale pour les individus en situation de cessation provisoire
d'activité ou de diminution d'activité en raison de la mise en
place d'horaires à temps variable.Ce système fonctionne déjà avec
les cessation progressive d'activité pour les plus de cinquante-cinq
ans et permet de créer des emplois.
B. -- la mise en place progressive
des 35 heures.
Actuellement la loi Aubry est passée et le
temps de travail a diminué de 39 à 35h dans la plupart
des branches d'activités. De nombreux débats ont lieu à ce sujet
mais les problèmes mis en évidence semblent moins exacerbés à
l'heure actuelle car la croissance économique a repris. En effet,
il est certain que pour qu'il y ait une bonne harmonie entre les
patrons et les employés il faut que la situation de l'économie
française soit stable.
En conclusion, on peut se demander si la question
de la réduction du travail n'est pas, à l'heure actuelle, quelque
peu dépassée. La vraie question est « comment faut-il réduire
le temps de travail » ?
Actuellement, il existe une réduction du temps
de travail à la carte -- chaque secteur d'activité -- chaque entreprise
gère ses propres aménagements. Les syndicats n'avaient pas eu
depuis longtemps un rôle aussi délicat. Dans beaucoup d'entreprises,
les discussions sur les 35 heures ont souvent remis en cause le
fonctionnement global de la structure en en révélant même les
dysfonctionnements. Sur un plan plus global, le chômage en France
baisse, bénéficiant d'un retour de la croissance. Les 35 heures
semblent être entrées dans les moeurs. Peut-on parler d'une victoire
politique ? Ceci est un autre débat.