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Economie Droit


I : Travail Méthodologique

LICENCIEMENT ÉCONOMIQUE ET MONDIALISATION

1. Analyse d'une situation juridique

Analyser l'arrêt rendu par la Cour de cassation le 9 juillet 1997 et présenté dans le document 1.

Remarque: l'arrêt fait référence à un article du Code du travail. Ce texte figure dans le document 2.

2. Exploitation d'une documentation économique

Jusqu'au début des années 1980, les relations économiques entre les nations étaient caractérisées par le phénomène de l'internationalisation. Aujourd'hui, on utilise souvent la notion de mondialisation.

Présentez brièvement (environ 50 à 60 lignes) une synthèse des documents n°3 à 7.

II Développement structuré

L'internationalisation de la firme est-elle une réponse aux évolutions du marché?


ANNEXES

 

Document 1 : Cour de cassation (Chambre sociale) 9 juillet 1997

La Cour:

Sur le premier moyen:

Vu l'article L 321 -1 du Code du travail;

Attendu que pour estimer que le licenciement de Mme Rassier avait une cause réelle et sérieuse et la débouter de ses demandes d'indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, de dommages-intérêts pour rupture abusive, et d'indemnité pour préjudice moral, la Cour d'appel énonce que l'article L. 321 -1 du Code du travail fixe les critères du licenciement pour motif économique, qu'aux termes de la lettre de licenciement les raisons sont d'ordre structurel, qu'il est expliqué que l'intégration de la société SDM dans le groupe Vendemia, entraîne le regroupement des tâches administratives au sein de la Direction générale et conduit à la suppression du poste occupé par l'appelante, qu'il ressort de la procédure et des pièces produites qu'après une série de licenciements collectifs, la société a décidé encore le licenciement de trois cadres dont Mme Rassier pour motif économique, qu'il n'est pas contesté que l'intégration de SDM dans un groupe se situe en novembre 1991, et qu'elle a nécessité une réorganisation structurelle en particulier au niveau de la gestion, que la suppression d'emploi apparaît dans l'intérêt de l'entreprise et rendue nécessaire par un motif structurel, le regroupement des tâches administratives liées à l'intégration de l'entreprise dans un groupe, que dans le cas de Mme Rassier,

il y a lieu de souligner que son poste n'a pas été remplacé et que son reclassement n'était pas envisageable du fait du surplus de cadres administratifs, qu'il n'est pas exigé que la situation financière de l'entreprise soit catastrophique pour que le caractère économique soit admis, qu'il suffit que le motif structurel et sa légitimité découlent des circonstances du licenciement;

Attendu cependant que s'il n'est pas exigé par l'article L. 321 -1 du Code du travail que la situation financière de l'entreprise soit catastrophique pour qu'une suppression d'emploi constitue un motif économique de licenciement, encore convient-il, en vertu du même article, que cette suppression d'emploi soit consécutive à des difficultés économiques, à des mutations technologiques ou à une réorganisation effectuée pour sauvegarder la compétitivité de l'entreprise ou du secteur d'activité du groupe auquel elle appartient;

Qu'en se bornant à énoncer que la suppression de l'emploi de la salariée était nécessitée par un motif structurel lié à l'intégration de la société dans un groupe, sans constater qu'elle était consécutive à des difficultés économiques ou à une réorganisation effectuée pour sauvegarder la compétitivité de l'entreprise ou du secteur d'activité du groupe auquel elle avait été intégrée, la cour d'appel a violé le texte susvisé ;

Par ces motifs:

CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qui concerne les demandes de la salariée d'indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, de dommages-intérêts pour rupture abusive, et d'indemnité pour préjudice moral, l'arrêt rendu le 13 juin 1995, entre les parties, par la Cour d'appel de Saint-Denis-de-la-Réunion; les renvoie devant la Cour d'appel de Saint-Denis-de-la-Réunion autrement composée.

Document 2: Code du travail

Art L. 321 -1 (L. n° 89-549 du 2 août 1989) Constitue un licenciement pour motif économique le licenciement effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs non inhérents à la personne du salarié résultant d'une suppression ou transformation d'emploi ou d'une modification substantielle du contrat de travail, consécutives notamment à des difficultés économiques ou à des mutations technologiques.

(L. no 92-722 du 29 juill. 1992) " Les dispositions du présent chapitre sont applicables à toute rupture du contrat de travail résultant de l'une des causes énoncées à l'alinéa précédent. "

 

Document 3

L'abaissement des barrières aux échanges a toujours été un facteur important dans leur progression; cela a été largement démontré par l'expérience de l'après-guerre à travers les résultats des différentes négociations sous l'égide du GATT Mais, après la quasi-élimination des droits de douane sur de nombreux biens, l'attention s'est portée, d'une part sur les barrières non tarifaires et, d'autre part, sur les obstacles aux échanges de services. [ ... ]

Le progrès technique est lui aussi un facteur traditionnel de réduction de la distance économique entre les pays. En effet cette dernière se compose notamment d'obstacles " naturels o aux échanges tels que la distance ou les différences linguistiques. Les progrès dans les transports ont donc de tout temps favorisé les échanges. Au cours des années 80, les gains de productivité dans les transports et les innovations dans les domaines de la communication ont constitué un facteur important pour l'accroissement des échanges de biens et de services, mais aussi pour l'organisation d'opérations de production à l'étranger et la mise en place de réseaux par les multinationales.

Il est important de souligner les interactions qui se sont développées entre les progrès technologiques et les mesures de déréglementation. Ces interactions ont été particulièrement fortes dans les domaines des télécommunications et de la finance, qui offrent des instruments indispensables aux différents types d'échanges internationaux. Dans différents pays, le -mouvement de déréglementation a été en partie suscité par des innovations qui rendaient les textes en vigueur moins efficaces, voire néfastes. La diffusion internationale de l'information et certaines innovations financières ont ainsi rendu le cloisonnement des marchés financiers difficile à maintenir. La déréglementation financière a ensuite facilité les opérations internationales, notamment celles qui concourent aux investissements à l'étranger. Dans le domaine des télécommunications, les réglementations nationales ont dû évoluer avec les progrès technologiques. Les monopoles ont fait place à des marchés différenciés, entraînant l'entrée de nouveaux opérateurs, y compris des concurrents étrangers.

Il serait simplificateur de n'envisager qu'un sens de causalité entre déréglementation et mondialisation. En effet, l'internationalisation croissante a rendu certains cadres réglementaires nationaux de moins en moins pertinents. Dans le domaine financier, l'augmentation des échanges internationaux a poussé les banques à innover pour procurer à leurs clients les moyens nécessaires à leurs opérations avec l'étranger. Ce faisant, le développement de la finance internationale a pesé sur l'organisation et les contrôles mis en place après-guerre par les différents pays, et a poussé à la déréglementation [ ... ]

F SACHWALD, "De l'internationalisation à la mondialisation", Cahier français, no 269, p. 43

Document 4

( ... ) ce que l'on appelle la mondialisation n'a été rien d'autre que, d'une part, l'unité retrouvée d'un marché mondial global dont la guerre de 1914-1918 avait marqué la fin provisoire et, d'autre part, le triomphe planétaire de l'économie capitaliste de marché qui s'impose à tous, comme avant 1914, même à la Chine ou au Vietnam qui s'ouvrent, tout en restant communistes. À l'image de ce que l'on avait constaté au début du siècle, la mondialisation d'aujourd'hui a les mêmes causes: hausse de la demande liée à la hausse des niveaux de vie et de la population à laquelle s'ajoutent les besoins des anciens pays communistes; révolution des transports et des moyens de communication qui accélèrent encore la circulation des marchandises, des capitaux, des informations; l'essor des firmes transnationales et des places financières internationales; le règne du libre échange sous l'égide du GATT puis de la nouvelle OMC.

J.-M. GAILLARD, " Une histoire aussi vieille que le capitalisme ", Bilan du Monde, 1997, p. 27

Document 5

Dans le domaine des hautes technologies, l'innovation est certes devenue globale, mais l'accès des firmes ou des régions - à la traîne " n'en est pas plus aisé, bien au contraire. Les avancées en matière d'électronique, de robotique, de pharmacie, etc., ne concernent que des zones extrêmement délimitées car leur mise en oeuvre dans des productions rentables suppose une série de conditions exigeantes: capital abondant, savoir-faire technique, compétences organisationnelles ou encore infrastructures publiques adéquates. En conséquence, s'accentuent les divergences entre un petit nombre de happy few [ ... ], certains pays suiveurs et un grand nombre de laissés-pour-compte. À l'ère de la globalisation, on observe la reconstitution d'une hiérarchie des espaces productifs, de sorte que les spécialisations se seraient encore accrues au début des années quatre-vingt-dix: la chimie et certains équipements professionnels en Allemagne, l'aéronautique, les logiciels et les services financiers aux États-Unis, l'automobile et l'électronique grand public au Japon et chez les dragons du Sud-Est asiatique, etc. Globalisation ne signifie donc pas homogénéisation de l'espace mondial, mais au contraire différenciation des spécialisations. Cet enseignement bien connu de la théorie du commerce international est trop souvent oublié.

              R. BOYER, " Le temps des nations n'est pas fini ",

dans Mondialisation au-delà des mythes, éd. La Découverte, 1997, p. 25 et 26

Document 6

On peut d'abord douter que la demande se globalise de façon irréversible et complète. Que quelques biens emblématiques produits et commercialisés par les grandes multinationales se diffusent dans le monde entier (Coca-Cola, Windows, le Big Mac McDonald's, les jeux Sega, la carte American Express ... ) ne signifie pas qu'à terme les modes de vie soient façonnés par ces objets à diffusion mondiale.

D'une part, l'offre d'un bien uniforme quels que soient les pays ne correspond qu'à l'une des stratégies déployées par les multinationales. À la Mondéo, voiture mondiale de Ford, s'oppose la Palio spécialement conçue par Fiat pour les marchés des pays du tiers monde.

Depuis le passage de la Ford T à la gamme complète proposée par General Motors, les grandes entreprises ont appris à combiner les rendements d'échelle liés à la production de masse de composants avec la différenciation du produit final en fonction des caractéristiques de la demande locale.

D'autre part, une très large partie de la consommation au jour le jour, c'est-à-dire de la reproduction matérielle des individus et des familles, reste conditionnée par des déterminants très largement spécifiques à chaque société: de la consommation alimentaire aux dépenses de logement en passant par la santé, les comparaisons internationales ne suggèrent pas une tendance forte à la convergence. [ ... ]

          R. BOYER, " La résistance des modes de vie ", OP. cit., p. 22

Document 7

( ... ) le phénomène de mondialisation fait figure de revanche de l'économique sur le social et le politique. Il se traduit aussi bien par une remise en cause des compromis sociaux élaborés par l'État-providence keynésien que par un lent travail de sape de l'autorité économique des États qu'illustre, au-delà des rationalisations idéologiques, la grande vague de déréglementation amorcée à la fin des années soixante-dix. Mis en concurrence pour la localisation des investissements et l'allocation de l'épargne, les États n'ont plus guère les moyens de s'interposer entre les exigences du capital et les besoins des corps sociaux. Ayant perdu, dans la plupart des cas, l'essentiel de leurs moyens de réglage conjoncturel et de régulation économique, ils consacrent une part croissante de leurs forces à la création d'un espace - logistique, social, financier, monétaire, réglementaire -propice au maintien, ou à l'accueil des capitaux sur le territoire national.

L'éclatement des cadres étatiques de régulation pose cependant la question de la possibilité - et de l'opportunité - de cadres supranationaux de régulation, dont laissent augurer les tentatives d'intégration régionale et l'autorité croissante des institutions multilatérales. Au-delà des enjeux évidents pour les conditions de vie des populations, c'est la question de la démocratie qui s'esquisse pour la première fois à l'échelle mondiale.

J. ADDA, La Mondialisation de l'économie, t. 1 : La Genèse, Coll. Repères, Éd. La Découverte, 1996, p. 112