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BTS 97 GROUPE B

ECON0MIE/DROIT


Première partie : travail méthodologique (annexe 1)

Vous présenterez une synthèse de l'entretien de J.P. Fitoussi, professeur à l'lnstitut d'Études Politiques de Paris, réalisé par Martine Laronche, en intégrant un commentaire du tableau et en donnant un titre.


Deuxième partie : développement structuré (annexes 2, 3 et 4)

À l'aide des documents et de vos connaissances, vous répondrez aux questions suivantes :

- les évolutions marquantes en matière de gestion des ressources humaines

et ses enjeux ;

- les évolutions en matière de relations collectives du travail (vous n'aborderez pas les conflits collectifs et leur résolution).


Annexe 1

" L'Euro peut-il être bon pour l'emploi ?

- C'est toute la question. Alors que nous sommes atteints d'un mal redoutable, le chômage de masse, nous feignons de croire que nous sommes toujours en danger d'inflation. Il n'est un secret pour personne que le franc et le mark sont surévalués par rapport au dollar. Cette surévaluation est la conséquence de notre lutte contre l'inflation. Il est temps de changer notre fusil d'épaule.

La surévaluation d'une monnaie impose aux entreprises du pays, ou de la région concernée, un handicap de compétitivité. À part délocaliser, les entreprises n'ont d'autre ressource, pour compenser ce handicap, que de " passer le mistigri " aux salariés, en baissant les coûts et en augmentant leur productivité. C'est ainsi que la surévaluation d'une monnaie est in fine payée par les salariés sous forme de souffrances supplémentaires ou de chômage. Dans un monde où tous les acteurs, publics et privés, recherchent simultanément la compétitivité, il faut être très attentif à ce que cette recherche n'aboutisse pas à la destruction des systèmes de protection sociale.

Si l'Euro valait 2 dollars au lieu de 1, le prix des produits européens sur les marchés " dollarisés " passerait du simple au double. Certains prétendront alors qu'il est nécessaire de baisser les salaires si l'on veut que l'Europe reste dans la compétitivité internationale ! Mais à l'évidence, dans l'exemple considéré, ce n'est pas le niveau des salaires qui pose problème : la gestion de l'Euro ne doit pas favoriser sa surévaluation, mais alléger le fardeau qui pèse sur le marché du travail. Ce n'est qu'à cette condition qu'on pourra dire que la monnaie unique participe à la solution du problème de l'emploi.

- Le cours des monnaies ne se règle pas d'un coup de baguette magique...

- C'est la différence des taux d'intérêt qui règle le cours des monnaies les unes par rapport aux autres. Il suffirait de déterminer le taux d'intérêt adéquat en Europe pour que le taux normal de change de l'Euro par rapport au dollar soit, par exemple, de un pour un. Si nos taux courts étaient beaucoup plus bas que les taux américains, le dollar serait dans un premier temps très demandé et donc s'apprécierait. C'est la politique monétaire expansionniste des États-Unis au début des années 90 qui a contribué à la sous-évaluation du dollar.

Pourquoi déclare-t-on d'emblée que l'Europe serait impuissante à conduire une politique du même type ?

Il n'est pas question de s'adonner aux délices des dépréciations compétitives, car, à ce jeu-là, tout le monde est perdant à long terme ; mais il faut retrouver, dans la gestion de l'Euro, le sens du raisonnable.

- Ne faut-il pas relativiser le rôle du dollar, dans la mesure où plus de 70 % du commerce extérieur des Quinze se fait entre les pays de l'Union ?

- Certes. L'un des avantages de la monnaie unique est de réduire mécaniquement la tutelle des marchés sur les gouvernements. Très attentifs aux taux de change intra-communautaire, ces derniers ont souvent été conduits à augmenter les taux d'intérêt, suite à des spéculations, alors que leur économie exigeait tout le contraire. La monnaie unique sera donc un formidable progrès dans la mesure où l'Union européenne est un ensemble relativement fermé, comme les États-Unis ou le Japon. L'Euro pourrait ainsi redonner de la " puissance " politique.

Ce qui n'est pas possible dans une économie très ouverte - où toute politique expansionniste bénéficie autant à l'étranger qu'à l'économie nationale qui en supporte seule le coût -le redevient dans le cadre de l'Union économique et monétaire. Absence d'inflation, économie relativement fermée, constituent les conditions idéales d'efficacité de la politique économique, notamment budgétaire. Mais pour en finir avec la phase d'impuissance que nous venons de traverser, encore faut-il que les pays européens s'accordent sur une stratégie de croissance et d'emploi. C'est là le vrai problème. Sinon, paradoxalement, c'est le programme " thatchérien " qui sera mis en œuvre : l’Europe deviendrait structurellement une zone de libre-échange où triompheraient les stratégies des moins-disant fiscaux et sociaux.

- Qui définirait cette politique économique commune ?

- Il faut qu'une autorité politique fasse contrepoids à la Banque centrale européenne, en définissant notamment la politique de change de l'Europe. Ce peut être une institution qui jouerait le rôle de " super ministère" des changes. Mais cela ne suffit pas ! Il faudrait aussi un accord entre les gouvernements sur le caractère absolument prioritaire de la lutte pour l'emploi et la cohésion sociale. Il faut enfin signer un pacte de non-agression fiscale et sociale pour éviter que le démantèlement des systèmes de protection sociale ne serve de substitut à la dévaluation compétitive.

- L'avènement de l'Euro permettra-t-il cette politique ?

- Je le crois. Pour deux raisons. D'une part, la gestion du taux de change de l'Euro par rapport au dollar sera forcément plus pragmatique que la gestion des parités intra-européennes. La dimension symbolique de la politique dite du franc fort, vis-à-vis du mark, disparaît. D'autre part, presque par définition, la gestion de l'Euro devra satisfaire le besoin moyen des pays européens et non s'aligner sur une ligne de plus haute tension qui serait celle du pays aux tensions inflationnistes les plus fortes.

Dans le cadre de l'Euro, il aurait été inconcevable que l'unification allemande conduise à une élévation des taux d'intérêt en Europe. Les deux facteurs qui ont joué disparaissent tous deux du fait de la monnaie unique : pour combattre le retour de l'inflation, la Bundesbank avait relevé ses taux d'intérêt, et pour maintenir des parités qui n'étaient plus vraiment justifiées, les gouvernements européens avaient accepté de payer des primes de risque considérables. La future banque centrale européenne devra veiller aux taux d'inflation moyens en Europe. Si elle avait existé au début des années 90, elle n'aurait pas relevé ses taux dans la mesure où l'inflation continuait de baisser. De surcroît, s'il n'y avait pas de parité intra-européenne, il n'y aurait pas eu de spéculation et donc de primes de risque. En tenant compte de ces facteurs, les taux courts en France auraient été moitié moins importants qu'ils ne l'ont été en moyenne dans les années 90 !

—L'Euro va priver les nations de l'arme monétaire. L'arme budgétaire va être contrainte par la maîtrise des déficits prévue dans le "pacte de stabilité ". Que se passera-t-il en cas de crise nationale ?

- Ces crises qu'on appelle aussi chocs spécifiques sont rares, mais ne doivent pas être passées sous silence. Dans l'Europe communautaire, le premier vrai choc spécifique fut celui de l'unification allemande. Deux répondes seraient possibles : soit il existe un mécanisme automatique de compensation au niveau européen, ce qui supposerait un budget fédéral suffisamment élevé - lorsqu'un État américain subit une récession spécifique, le budget fédéral en compense la moitié par un phénomène de redistribution ; soit le gouvernement doit garder la maîtrise de sa politique budgétaire. Le pacte de stabilité le prévoit, dans le cas de "circonstances exceptionnelles "!

Propos recueillis par Martine Laronche. Le Monde, 26 mai 1996.

Une nécessité d’harmonisation économique Les critères de convergence en 1996

 

Allemagne
Autriche
Belgique
Danemark
Espagne
Finlande
France
Grèce
Irlande
Italie
Lux.
Pays-Bas
Portugal
R.U
suède
1
1.6
2.1
2
1.8
3.5
1
1.8
8.3
2.3
4.1
1.7
1.9
3.1
2.7
1.7
2
6.5
6.6
6.8
7.6
9.9
7.7
6.7
13.3
8
10.4
6.8
6.5
9.1
8.1
8.8
3
4
4.6
3.2
0.9
5.2
3.3
4.2
8.1
2
6.5
0.7
3.5
4.4
4.6
5.2
4
61
72.4
132.
71
68
62.5
56.1
111.
81.3
125
6.2
79.4
72.2
55.5
80.8
 

1 : inflation max 2,9% 2 : taux d’intérêt à long terme max 8,7% 3 : déficit max 3% 4 : dette max 60%

Calendrier 1 juillet 1990 Première phase de l'Union Economique et Monétaire (UEM). Libération totale des mouvements de capitaux dans les pays de l'Union.

1 janvier 1993 Achèvement du marché unique.

1 novembre 1993 Deuxième phase de l'UEM. Entrée en vigueur du traité sur l'Union européenne signé à Maastricht.

1 janvier 1994 Création de l'Institut monétaire européen (IME) à Francfort.

15-16 décembre 1995 Conseil européen de Madrid. Adoption du nom "Euro " pour la monnaie unique.

31 décembre 1996 (date butoir) Définition par l'IME du cadre réglementaire, organisationnel et logistique de la Banque centrale européenne (BCE) et du système européen des banques centrales (SEBC). Préparation, par la Commission, le conseil et l'IME, de la législation relative à la BCE et au SEBC, et à l'introduction de la monnaie unique.

1998 (le plus tôt possible) Les chefs d'État et de gouvernement décident quels États membres participeront les premiers à la monnaie unique. en fonction des Critères de convergence et à partir des résultats économiques de 1997.

Dés que possible après cette date

- Décision Les États membres nomment le directoire de la BCE. La BCE et le conseil fixent la date d'introduction des billets et pièces en euros. Le SEBC commence l'émission des billets en euros. Le conseil et les États membres commencent la frappe de la monnaie en euros.

1 janvier 1999 Troisième phase de l'UEM. Le conseil fixe les taux de conversion des monnaies des pays participants entre elles et par rapport à l'Euro. L'Euro devient une monnaie à part entière.

1 janvier 2002 au plus tard

Le SEBC met progressivement en circulation les billets en euros et retire les billets en monnaies nationales. Les États membres mettent en circulation les pièces en euros et retirent les pièces en monnaies nationales.

1 juillet 2002 au plus tard Fin du passage à l'Euro pour les États membres participants.

Le Monde, 26 novembre 1996 (dossier).

Annexe 2 La priorité pour les DRH : mobiliser le personnel sur les objectifs stratégiques, d'après une enquête de la CEGOS

Les résultats sont inédits. Depuis 1991, la Cegos publie tous les ans une étude consacrée à la fonction ressources humaines (ses effectifs, ses activités, sa productivité, ses coûts, les outils qu'elle utilise) ; mais le cabinet, conseil et formateur en management, a attendu 1996 pour interroger les entreprises sur leurs attentes en matière de ressources humaines. Les interviewés (1) ont dû hiérarchiser 31 propositions susceptibles de constituer des objectifs pertinents. D'emblée, cinq idées, citées par plus de 50 % des entreprises, se détachent du peloton. En numéro 1, on trouve la volonté de "mobiliser le personnel sur les objectifs stratégiques de l'entreprise. En numéro 2, celle de "préserver la paix sociale" Vient ensuite "développer les compétences", suivi par "développer la qualité du management et enfin, en cinquième position, "préparer le personnel aux activités et aux métiers de demain ". " Améliorer le ratio masse salariale/chiffre d'affaires " est le premier objectif à caractère directement économique à être cité, mais il n'apparaît qu'au quatorzième rang (25 % des entreprises le mettent en avant). Les moyens pour y parvenir sont évoqués : " La recherche de la flexibilité et la diminution des effectifs".

Autre surprise par rapport au climat et à la médiatisation actuelle : l'aménagement du temps de travail n'apparaît qu'en dix-septième position, loin derrière, par exemple, la volonté de "faire partager les valeurs de l'entreprise à l'ensemble des salariés (huitième position). Voilà pour les chiffres qui reflètent l'ensemble de la tendance.

Une analyse plus fine montre clairement les différences obtenues selon la taille de l'entreprise interrogée et son secteur d'activité. Prenons, par exemple, les entreprises qui privilégient la préservation de la paix sociale. Elles comptent moins de salariés que celles de la moyenne de l'enquête (380 salariés contre 450), ont un chiffre d'affaires en développement, mais perdent de l'argent. Les empreintes statutaires y sont fortes. Pour éviter que tout se déchire", explique Michel Gautier, directeur de la division management ressources humaines à la Cegos, elles souhaitent "limiter les licenciements " (tout en insistant sur la "nécessité de réduire les effectifs" et "communiquer sur la politique RH ". Le secteur de la chimie est, selon la Cegos, dans cette configuration.

Les banques-assurances affichent, et c'est loin d'être une surprise, des préoccupations plus urgentes. Avec elles, "l’amélioration du ratio masse salariale/chiffre d'affaires " passe du quatorzième au septième rang. Elles insistent aussi fortement sur la nécessité de développer la mobilité interne et s'intéressent davantage que l'ensemble des entreprises de l'échantillon, à "la flexibilité de l'emploi". Le secteur a devant lui des années sombres en termes de restructurations, cela se traduit bien dans l'enquête.

En revanche, la métallurgie, qui a déjà opéré nombre de restructurations, réfléchit visiblement plutôt à la manière de remobiliser ses salariés. Ce n'est pas un hasard si les entreprises concernées soulignent l'importance de "l’'implication du management dans la gestion des ressources humaines ", du "développement du management par projet " et de la négociation avec les partenaires sociaux et la politique contractuelles. Même si le climat reste difficile, soulignent les experts de la Cegos, il est intéressant de voir que la métallurgie souhaite mettre en avant les modes de management les plus participatifs.

Changement de décor avec les services, qui placent en deuxième position dans le hit-parade de leurs attentes, la volonté "de préparer le personnel aux métiers de demain ". Le secteur sait que l'anticipation des évolutions du marché est essentielle. Ayant déjà largement mis en place la flexibilité de l'emploi, il est normal que cette attente ne soit plus prioritaire. (...)

Un avenir plus serein

. Les DRH auraient fini d'avoir le blues. C'est l'une des hypothèses formulées par la Cegos à la suite de son enquête annuelle sur la fonction ressources humaines. " Les perspectives sont favorables, affirme Michel Gautier, directeur de la division management ressources humaines du cabinet-conseil. Il est sûr que de nombreux DRH auront encore à réaliser des plans sociaux, mais on sent que leur discours de perdant tend à · s'estomper. · Argument cynique qui plaide en faveur de cette hypothèse : les entreprises réalisent qu'elles sont allées trop loin en termes de restructuration. Elles doivent désormais travailler avec les survivants, donc remotiver."

Autre élément, plus anecdotique, mais tout de même révélateur : la nature des dossiers envoyés au cabinet-conseil qui distribue depuis plusieurs années un prix de l'innovation sociale : " En 1994 et 1995, des entreprises nous soumettaient des expériences qui mettaient en avant la bonne qualité des plans sociaux qu'elles avaient réalisés. Nous n'avons rien reçu de cet ordre pour 1996. "

1. L'échantillon interrogé est composé de 145 entreprises (de 200 à plus de 5 000 salariés) regroupées en cinq secteurs : les services, la métallurgie, la chimie, les banques-assurances et autres industries.

Marie-Béatrice Baudet, Le Monde, 13 novembre 1996.

Annexe 3 Réduction du, temps de travail : le gâchis

..., l'échec des négociations de branches qui se profile affaiblirait un peu plus des conventions collectives nationales déjà mal en point, du fait, pour l'essentiel, du repli des grandes entreprises sur elles-mêmes. Un repli dont les conséquences pour la profession sont à ce point mal appréciées par ceux qui le pratiquent que l'on peut se demander s'il est un tant soit peu réfléchi. Les conventions collectives nationales demeurent en effet l'outil indispensable à la cohésion d'une profession qui aura, par ailleurs, besoin d'acteurs organisés pour se situer dans le jeu des arbitrages sectoriels qu'exige la construction européenne.

[...] En privilégiant la voie de la négociation pour obtenir les transformations sociales qu'elle revendique, la CFDT s'oppose frontalement à tous les conservatismes.

Les patrons ont bien compris que notre opinion syndicale n'a rien à voir avec un accompagnement docile des décisions managériales. La plupart d'entre eux refusent de voir les salariés et leurs représentants être les acteurs directs des choix qui les concernent, et au premier rang desquels figurent ceux portant sur l organisation du travail et du temps de travail. Les responsables d'Entreprise montrent régulièrement que leur préférence va, au bout du compte, aux relations syndicales classiques qui, conflits sporadiques compris, sont bien moins déstabilisantes pour le système en place et ceux qui en ont la maîtrise.

Il est pourtant illusoire de vouloir moderniser l'entreprise sans ou contre les salariés et leurs représentants. Il n'y a pas de sens à exiger des salariés toujours plus d'intelligence, d'autonomie et de motivation, tout en tentant de maintenir les rapports de pouvoir issus d'une période où on leur demandait d'exécuter sans penser les tâches relevant d'un créneau étroit du processus de production. [...]

L'enjeu ainsi cerné est celui d'un approfondissement de la démocratie économique et sociale. La ligne de refus de cette perspective sur laquelle se crispe le patronat est celle qui, toujours, sépare ceux qui exercent le pouvoir de ceux qui le subissent.

Au cours de ces quinze dernières années, notre syndicalisme aura beaucoup mieux su reconnaître les contraintes économiques et organisationnelles qui pèsent sur les entreprises que la grande majorité du patronat n'aura su intégrer les exigences sociales, pourtant au cœur des défis posés à tous.

Combien coûte la détérioration des fonctionnements lice au manque d'effectif, quels effets sur la qualité des produits, la réactivité aux aléas ? Combien coûtent les incidents et les accidents dont les risques sont amplifiés par la fatigue et le stress ? Combien coûtent un mauvais climat social, un conflit ? Combien coûte la mauvaise gestion des autres facteurs de production, comme les prêts et les achats mal négociés, les relations tendues avec des clients aux besoins insatisfaits ?

Obtenus sur le papier par des pressions sur les salariés, bien des gains de productivité se traduisent dans les faits par des coûts cachés non négligeables, une perte d'efficacité réelle et un manque de compétitivité globale. Constatés, ces coûts et limites appelleront à leur tour de nouvelles coupes dans la masse salariale, sans que jamais les effets en soient sérieusement appréciés.

Nos objectifs sont clairs. Ils sont ceux d'une modernisation qui soit un progrès pour tous, ceux d'une réduction du temps de travail au service de l'emploi, ceux d'un rééquilibrage, au profit des salariés, des pouvoirs et des responsabilités sur le travail et l'entreprise. Là est le sens de notre syndicalisme, là est aussi l'intérêt bien compris de tous.

Jacques Khéliff est secrétaire général de la Fédération unifiée des industries chimiques (FUC-CFDT).

Le Monde, 20 novembre 1996.

Annexe 4 Législation : Faut-il créer un comité d'Entreprise européen ?

La mesure vise les entreprises de plus de 1000 personnes, qui possèdent au moins deux filiales de 150 salariés dans deux États membres.

En septembre 1996, la directive instituant le comité d'Entreprise européen sera transposée dans la législation des États membres de l'Union (hors Royaume-Uni). Les entreprises de 1000 personnes au moins, disposant au minimum de deux implantations de 150 salariés dans deux États membres, auront alors trois ans pour mettre en place la nouvelle instance. Ainsi, une société française qui emploie 500 salariés dans l'Hexagone et possède trois filiales - en Espagne (150 personnes), en Belgique (300 personnes) et en Suède (100 personnes) - devra créer un comité. Entre 1996 et 1999, les entreprises auront pratiquement carte blanche pour installer cette structure d'information et de consultation des salariés.

1200 entreprises sont visées en Europe

Toutefois, en cas d'échec des négociations dans les délais impartis, un = comité légal ", reprenant les termes de la directive, leur sera imposé. Les multinationales n'appartenant pas à l'Union européenne n'y couperont pas : les filiales des sociétés américaines, par exemple, seront concernées. Sur les 1 200 à 1500 entreprises répondant aux critères de la directive dans l'Union, près de 300 sont non européennes. En France, certaines ont devancé la loi (Saint-Gobain, Lafarge, Thomson...) et ont déjà mis en place des structures transnationales de dialogue. Celles-ci demeureront, à deux conditions : toucher l'ensemble du personnel et prévoir l information et la consultation des salariés sur des sujets transnationaux - situation économique et financière, évolution des activités, fusions, emploi... Pour les entreprises qui n'ont pas franchi le pas, la route est balisée : d'une part, en ce qui concerne les délais de mis en conformité avec la directive (lire le tableau ci-dessous) ; d'autre part, pour ce qui est des procédures de négociation et d'installation du comité. La négociation, d'abord. La direction centrale de l'entreprise a trois ans pour la mener. Si elle se situe hors de l'Union européenne, la responsabilité sera assumée par un représentant implanté dans un État membre. Ou bien par l'entreprise du groupe ou l'établissement qui comporte le plus de personnel. Côté salariés, les discussions seront menées par l'intermédiaire d'un "groupee de négociation À, composé de 3 à 17 membres, désignés en principe par les représentants du personnel de chaque pays.

Le législateur mise sur la négociation

Second élément, la mise en œuvre du comité d'Entreprise européen. S'il est établi à la suite d'une négociation réussie, les contraintes seront légères. Sa composition, notamment, sera libre. Il suffira qu'il assure une représentation équitable des salariés des entreprises concernées. La marge de manœuvre sera plus réduite en cas d'installation d'un comité légal. La représentation des salariés s'y fera, par exemple, sur la base d'un siège par entreprise, les sièges non pourvus étant ensuite répartis proportionnellement aux effectifs de chaque établissement ou filiale. Soucieux de privilégier le consensus, le législateur a cependant prévu une clause de "revoyure " : quatre ans après la mise en place d'un comité légal, de nouvelles négociations s'ouvriront pour décider s'il est opportun de créer une nouvelle instance "conventionnelle ", cette fois. Jean Botella

 

Trois phases pour mettre en place le comité européen

  Jusqu'au 22.9.1996 Vous pouvez... partir du 22.9.1996

Vous devez...

Après le 23.9.1999

Vous devez...

Si aucune instance n'a été créée ni aucune négociation engagée attendre la transposition de la directive dans la législation nationale ;

créer une instance de représentation conforme ou non aux exigences de la directive ;

appliquer à l'avance les dispositions pour créer un comité légal européen.

mettre en place une instance conventionnelle de représentation ;

installer un comité légal par anticipation, ou par obligation s'il y a refus de négocier. Les salariés peuvent demander par écrit l'ouverture de négociations avec la direction.

créer un comité légal européen répondant aux exigences communautaires, en application des dispositions de l’annexe à la directive. Cette option peut résulter d'une décision délibérée de la direction de l'entreprise et des représentants des salariés.
si une instance a été créée ou des négociations ont été engagées maintenir les accords d’anticipation qui ont permis la mise en place du comité ou de l'instance européenne d'information ;

reconduire les accords s'ils arrivent à terme (il est préférable de négocier la mise en œuvre des exigences. communautaires).

vérifier que les accords en vigueur sont conformes aux exigences communautaires (prévoir une information consultation des salariés, applicable à tous dans l'Union). Dans le cas contraire, les dénoncer et ouvrir de nouvelles négociations. mettre en place, de manière conventionnelle, un comité d'Entreprise ou une procédure d’information et de consultation de tous les salariés ; implanter un comité légal si les négociations n'ont pas pu aboutir dans les délais impartis.
 

L 'Essentiel du Management, n° 11 janvier 1996.