I -- Comment
le droit du travail a pu être utilisé pour répondre
aux problèmes quantitatifs de l'emploi ?
En matière d'emploi, la réglementation
et la pratique administrative seront fonction de la situation du marché
du travail. À l'issue des 30 glorieuses le taux de chômage
a très fortement augmenté (il a été approximativement
multiplié par 6 en 30 ans). Pour essayer de remédier à
cette situation, la politique économique s'est transformée
progressivement en politique de l'emploi.
En fonction de considérations idéologiques, les pouvoirs publics
ont tantôt augmenté la fluidité du marché du
travail en développant la flexibilité (précarisation
de l'emploi), tantôt institué des règles drastiques
de réduction de la durée hebdomadaire de travail.
2 -- Comment
le droit du travail peut favoriser la flexibilité pour les entreprises
?
Extrait d'un ouvrage de Jean Carbonnier
-- « Droit et passion du Droit sous la Ve République »
-- Editions Flammarion.
« Les premiers signes de crise
firent admettre, en 1975, le motif économique comme un motif particulier
de licenciement. Dix ans plus tard, la récession s'étant installée
et amplifiée, les licenciements pour motifs économiques, devenu
plus massifs, apparurent comme une dimension du problème national
du chômage. De nouvelles lois s'imposèrent., en 1986, puis
1993, pour encadrer ces licenciements d'une procédure et surtout
pour les subordonnés à des mesures de reclassement, à
des plans sociaux.
Plus généralement, l'économie de marché acceptée
comme principe par les gouvernements successifs, conduisait à privilégier
les investissements (donc l'automatisation), fût-ce aux dépens
de la main-d'oeuvre, à préserver la compétitivité
des entreprises françaises, fût-cet en les déchargeant
d'une garantie de l'emploi que ne connaissait pas les concurrents étrangers.
Telle était l'absence de cette flexibilité qui fut préconisée
dans les années 80 et qui se traduisit par des combinaisons d'emploi
précaire : les entreprises de travail temporaire furent légalisées,
le contrat à durée déterminée accueillie avec
plus de facilité, l'embauche à temps partiel favorisée.
À leur manière, les conventions collectives de travail (et
les accords collectifs qui ne s'en distinguent que par leur objet plus circonscrit)
participent aujourd'hui, sans toujours le vouloir, à la politique
de flexibilité. Tandis que la loi se veut une et indivisible, les
conventions ont vocation à la diversité. ».
On voit donc que la suppression de
l'autorisation administrative de licenciement, l'acceptation des difficultés
économiques comme motif de licenciement, la légalisation des
entreprises de travail temporaire, le recours plus aisé au CDD, l'allègement
de charges pour le travail à temps partiel, l'aménagement
des horaires de travail dans le cadre de la RTT, sont autant de mesures
qui montrent comment le droit du travail peut favoriser la flexibilité
des entreprises.
3-- Indiquer
si la réduction du temps de travail a été un facteur
efficace de la réduction du chômage ?
240 000 emplois sur 1 375 000
emplois créés entre juin 1996 et décembre 2000. Incontestablement,
la réduction du temps de travail a eu un effet sur la réduction
du chômage. Cet effet est toutefois limité (1 emploi sur 6).
Pour déterminer l'efficacité de la mesure, il faut la rapporter
à son coût : le coût des aides à la réduction
du temps de travail a engendré une diminution des gains réalisés
sur les budgets sociaux du chômage et de la Sécurité
Sociale (branche vieillesse, par exemple). On pourrait aussi intégrer
l'augmentation du PNB dans des secteurs favorisés par le gain de
temps libre (vacances, loisirs...) et la perte de compétitivité
de certains secteurs à fort taux de main-d'oeuvre. Le bilan économique
et donc très difficile à faire et les conclusions que l'on
peut retirer sont souvent partisanes.
Extrait d'un article de la documentation
française -- juillet 2000 un -- réduction du temps de travail
: les enseignements de l'observation.
« En comparant les différentes « générations
» d'entreprises ayant réduit la durée du travail avec
celles qu'ils ne l'ont pas faite, après avoir neutralisé les
effets de taille, de secteur et de dynamique antérieure de l'emploi,
la direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques
( DARES), a pu montrer que la croissance de l'emploi est sensiblement plus
forte dans ces entreprises que dans les autres.
On peut dès lors estimer que les accords de RTT de juin 1996 à
décembre 2000 sont à l'origine de 265 000 créations
nettes d'emploi dans le secteur marchand. Compte tenu du délai de
réalisation des embauches, 240 000 emplois nets auraient été
créés fin 2000 sur un total de 1 375 000 dans le
secteur marchand sur la même période. L'effet - emploi est
particulièrement fort en 2000, 165 000 pour une création
totale de 506 000. La RTT. a ainsi ajouté ses effets à
ceux de la reprise de la croissance et accéléré le
retour à l'optimisme des ménages, stimulant par là
la croissance. ».
4 -- Certains
des objectifs assignés au droit du travail sont - ils contradictoires
?
Certaines dispositions du droit du travail
apparaissent, en effet, contradictoires. Certains pensent que l'amélioration
des comptes des entreprises créera une richesse dont toute la population
pourra profiter, les autres estiment que l'excès de libéralisme
ne peut conduire qu'à une dégradation des conditions de l'emploi.
Une autre contradiction se trouve dans les politiques de préretraite
largement utilisées par les entreprises alors que, dans le même
temps, les économistes libéraux proposent un allongement de
la durée de cotisation pour faire face au déséquilibre
démographique des régimes de retraite par répartition.
Le finalement on comprend que la protection des salariés -- objectif
initial du droit du travail -- peut-être en contradiction avec un
objectif purement économique.
Extrait d'une étude réalisée
par la DARES. -- Université Paris Nanterre -- juin 2001 -- Agnès
Topol Bensaid ( DARES) et Fabrice Tahar ( Thema) :
« L'âge moyen de départ
en retraite, quelle que soit la situation antérieure des individus
(individus se déclarant en emploi, au chômage ou inactifs l'année
précédente) est de 62,3 ans, plus tardif pour les femmes que
pour les hommes. Il est plus élevé pour les cadres et les
non-salariés et plus précoce pour certains emplois de la fonction
publique (police et armée, professeurs, instituteurs, professions
intermédiaires et employés de la fonction publique) mais aussi
pour les chauffeurs et certaines catégories d'ouvriers. Le départ
en retraite est aussi plus tardif pour certains métiers très
féminisés tels que les employés administratifs d'entreprises
ou les personnels de services directs aux particuliers........
L'importance des départs en retraite pour chacun des métiers
dans les 10 prochaines années va dépendre de deux paramètres
: l'âge de départ en retraite et son évolution ainsi
que le poids dans l'emploi total des 50 ans et plus. Elle sera d'autant
plus importante dans les métiers où l'on part tôt à
la retraite et dans lesquels les individus nés dans l'après-guerre
sont nombreux. Dès aujourd'hui, on peut constater que plusieurs métiers
présentent une pyramide des âges particulièrement vieillie.
Par exemple, la part des quinquagénaires est, très forte pour
les agriculteurs, les patrons d'hôtels-cafés- restaurants et
les chefs d'entreprise. On compte également beaucoup de quinquagénaires
parmi les médecins et les juristes, en raison de l'âge d'entrée
dans la profession et du fait que l'on y part plus tardivement à
la retraite.
Si on restreint le champ de l'étude
au seul passage de l'emploi la retraite, l'âge moyen observé
au moment du départ est proche de 58 ans. En retenant cet âge
moyen pour projet et les flux de départ de l'emploi vers la retraite
au cours des dix prochaines années, ce seront alors en moyenne 459 000
personnes par an qui partiront en retraite de 2001 à 2005 puis 660
000 de 2005 à 2010. L'écart marqué entre ces deux vagues
successives de départs en retraite tient essentiellement à
la différence de taille des cohortes qui atteindront 58 ans dans
les 10 prochaines années.
Sur la période 2000 -- 2010, le poids des départs en retraite
dans l'emploi total devrait s'élever à 2,2 % contre 1,3 %
sur la période précédente. L'intensification des départs
en retraite, associée à une forte augmentation de la demande
de travail dans les prochaines années (de l'ordre de 12 % jusqu'en
2010) risque d'entraîner de fortes tensions notamment pour les métiers
où l'emploi devrait s'accroître fortement ainsi que le nombre
de départ en retraite. »
5 -- Pourquoi l'évolution de la démographie
pourrait inverser la perspective du chômage de masse en France ?
Selon certains calculs, le chômage
structurel pourrait disparaître aux alentours des années 2010,
compte tenu de cette évolution démographique -- départ
à la retraite de la classe d'âge née lors du baby-boom
de l'après-guerre. Seul devrait subsister un chômage frictionnel
résultat de l'inadéquation de l'offre et de la demande de
travail. Toutefois d'autres facteurs économiques et /ou juridiques
peuvent perturber ce mécanisme : nul ne peut dire aujourd'hui comment
évolueront le taux de croissance, les délocalisations d'entreprises
vers les pays en développement, la productivité qui supprime
des postes et peut en créer d'autres, la législation du travail
qui protège l'emploi..... Le constat des trente dernières
années devrait conduire les prévisionnistes à rester
très prudents dans les annonces qui peuvent être faites.
6 -- Quelles
peuvent être les évolutions du droit du travail face à
l'évolution des modes de travail et d'apprentissage ?
L'exemple des contrats dits
"atypiques" - apprentissage, qualification ...
- Le développement des
contrats d'apprentissage :
Le contrat d'apprentissage est un contrat alternant formation
en entreprise et en Centre de Formation d'Apprentis (CFA).Les candidats
:doivent être âgés de 16 à 25 ans(15 ans sur dérogation
si le candidat a effectué la scolarité du 1er cycle de l'enseignement
scolaire) et doivent avoir satisfait à l'obligation scolaire.
Le jeune est salarié de l'entreprise et bénéficie des
mêmes droits que les autres salariés (congés, protection
sociale…). Il reçoit une formation générale et
théorique dans un Centre de Formation d'Apprentis (CFA) et une formation
pratique en entreprise dans le but d'acquérir une qualification professionnelle
sanctionnée par un diplôme de l'enseignement professionnel
ou technologique (CAP, BEP, BTS.), un titre d'ingénieur ou un titre
homologué, c'est-à-dire reconnu par les professions.
Le contrat d'apprentissage est un contrat obligatoirement écrit.
Sa signature par l'employeur et l'apprenti (et son représentant légal
s'il est mineur) constitue un préalable à l'emploi d'apprenti.La
durée du contrat varie de 1 à 3 ans (en général
2 ans) en fonction du type de profession et du niveau de qualification.
L'apprenti âgé de 18 ans et plus bénéficie des
règles applicables dans l'entreprise, en revanche des règles
particulières s'imposent s'il est âgé de moins de 18
ans.
Le jeune perçoit en fonction de son âge et de son ancienneté
dans le contrat entre 25 et 78 % du SMIC.
La formation dans le CFA a une durée minimum de : 400 heures par
an (1 500 heures réparties sur 2 ans pour un bac professionnel
ou un BTS)
Le maître d'apprentissage aide l'apprenti dans l'acquisition des compétences
nécessaires à l'obtention du titre ou diplôme préparé,
en liaison avec le CFA.
Il est soit le chef d'entreprise, soit l'un des salariés de l'entreprise.
Il doit être majeur, offrir des garanties de moralité, justifier
d'un certain niveau de qualification et d'une expérience professionnelle.
L'apprentissage se porte bien et est même appelé
à se développer
- Le contrat de qualification ( en voie de disparition)
(Le contrat de qualification va, selon toute probabilité être
remplacé par le contrat de professionnalisation.Il ne sera plus possible
de suivre une formation diplômante en contrat de professionnalisation.
Le régime juridique de ce nouveau type de contrat n'est pas encore
définitif mais interviendra très bientôt.)
Pour le moment :
L'entreprise établit un contrat de travail et est exonérée
des charges patronales URSSAF pour la partie du salaire n'excédant
pas le SMIC
Les OPCA financent la formation (forfait de 9,15 Euros par heure de formation
)
Toutefois :
•Le nombre de contrats pris en charge simultanément est limité
à 20% de l'effectif salarié de l'entreprise. N.B : les entreprises
de moins de 10 salariés peuvent bénéficier de 2 contrats
simultanés.
• Le nombre d'heures de formation maximum pris en charge ne peut être
supérieur à celui déterminé par le référentiel
du diplôme, titre ou certificat de qualification professionnelle choisi
Le jeune doit avoir entre 16 et 25 ans et ne pas être qualifié
ou avoir une qualification non adaptée à l'emploi visé
et est rémunéré de 30 à 65% du SMIC la 1ère
année et de 45 à 75% du SMIC la 2ème annéeLa
durée du contrat est de 6 à 24 mois maximum et est renouvelable
une fois si l'objectif n'a pu être atteint
La formation .La durée des enseignements doit être au moins
égale à 25% de la durée totale du contrat de qualification
Le CQ doit permettre au jeune d'acquérir une qualification professionnelle
reconnue par la profession (type CQP : Certificat de Qualification Professionnelle),
de changer de classification ou d'obtenir un diplôme ou titre homologué
- Les autres types de contrats :
Le contrat d'adaptation à un emploi est destiné
aux jeunes ( 16 à 26 ans) ayant déjà una qualification.
Sa durée est de 6 à 12 mois ou indéterminée.
La formation est de 200h et peut être assurée dans l'entreprise.Le
tuteur doit avoir une expérience professionnelle de 2 ans.
Les emplois jeunes concernent les activités qui
revêtent un caractère d'utilité publique (prévention,
aide aux personnes agées, assistance education,aide à la culture,etc..).
Les conditions d'âge sont un peu contraignantes
puisque le programme était ouvert aux jeunes de 18 à moins
de 26 ans sans emploi, aux personnes de moins de 30 ans handicapées
et aux jeunes de 26 à 30 ans ne bénéficiant pas des
allocations chômage.
Le contrat est un contrat de 5 ans.
Le devenir de ces emplois est incertain.
Sur le devenir des emplois jeunes cliquez ici :
http://www.cee-recherche.fr/fr/publicationspdf/4pages57.pdf
D'une manère générale les conditions de travail évoluent
Par exemple, les technologies de l'information
et de la communication modifient en profondeur les conditions de travail.
-- le lieu de travail : l'informatique permet le développement du
travail à distance, la gestion des agendas partagés, le reporting
instantané des commandes, le tout en temps réel.
-- le temps de travail : les salariés peuvent être placés
sous le monitoring permanent de l'ordinateur qui rendra compte à
la hiérarchie de leur activité réelle. Le développement
des flux tendus accroît la tension sur la performance de chacun.
-- la vie privée au travail : l'employeur dispose des moyens de contrôler
la correspondance privée du salarié lorsqu'elle est effectuée
par courrier électronique.
-- l'informatique, la vidéosurveillance permet le contrôle
de tous les instants de la vie du salarié.
-- le droit du travail commence à se saisir de ces évolutions
des conditions de travail. Le respect de la vie privée vient d'être
réaffirmé comme obstacle au pouvoir souverain de l'employeur
sur le lieu de travail.
L'évolution des formes de travail
(télétravail, externalisation) conduira nécessairement
à d'autres ajustements endroit par souci de protection des salariés
et des éventuelles victimes.
Consultez également : "Les
réponses du Droit du travail au problème de l'emploi"
( site : http://www.ac-grenoble.fr/ecogest/pedago/ecodroit/travelev/travadrt.htm)