L’analyse keynésienne est à la base des politiques de relance

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Citation :

« Que le chômage caractéristique d’une période de dépression soit dû au refus de la main-d’œuvre d’accepter une baisse des salaires nominaux, c’est une thèse qui n’est pas clairement démontrée par les faits. Il n’est pas très plausible d’affirmer que le chômage aux États-Unis en 1932 ait été du soit à une résistance opiniâtre de la main-d’œuvre à la baisse des salaires nominaux soit à sa volonté irréductible d’obtenir un salaire réel supérieur à celui que le rendement de la machine économique pouvait lui procurer. Le volume de l’emploi connaît d’amples variations, sans qu’il y ait de changement apparent ni dans les salaires réels minimas exigés par la main-d’œuvre ni dans sa productivité. L’ouvrier n’est pas plus intransigeant en période de dépression qu’en période essor, bien au contraire. Il n’est pas vrai non plus que sa productivité physique diminue aux époques de crise. Ces faits d’observation forment donc un terrain préliminaire ou l’on peut mettre en doute le bien-fondé de l’analyse classique. »

Autre citation :

 » Le but ultime de notre étude est la découverte des facteurs qui déterminent le volume de l’emploi »

On constate donc, que Keynes conteste totalement les fondements de l’analyse classique libérale et ceci sur la base d’une approche empirique.

I – Les moyens de la relance et les mécanismes mis en évidence par Keynes

Pour Keynes, un excès d’épargne peut entraîner la crise. Donc, seul l’état est en mesure de stimuler la demande lorsque celle-ci est insuffisante. En effet, en période de crise les agents économiques ne dépensent pas et les entreprises n’investissent pas. L’investissement ne peut donc « repartir » que si les anticipations des entreprises sont positives. Keynes préconise donc des mesures de relance.

Il s’agit en bref :

  • de redonner confiance aux consommateurs.
  • de mettre en œuvre des moyens de répartition des richesses permettant aux agents économiques qui ont la propension moyenne à consommer la plus élevée (c’est-à-dire les catégories sociales les plus « défavorisées ») de dépenser pour mieux relancer la machine économique.
  • de baisser les taux d’intérêts pour stimuler le crédit à la consommation et aux investissements.
  • d’engager une politique de grands travaux publics qui provoqueront un effet multiplicateur de revenus et accélérateur d’investissements.

Le rôle de l’état consiste donc à injecter des revenus pour « doper » la machine économique. La reprise de la consommation entraînera une augmentation des investissements donc la situation de l’emploi s’en trouvera améliorée.

A — Le multiplicateur de revenus

Pour expliquer ces mécanismes, nous partirons d’exemples concrets.

L’idée de départ est la suivante : toute injection de revenus dans l’économie par l’état ( voir plus haut pour les moyens utilisés) provoquera une augmentation du revenu national qui lui est bien supérieure.

EX : l’état engage 1000 de dépenses publiques pour construire une route.

Si les titulaires de ces revenus (salariés embauchés) ont une propension marginale à consommer de 3/4 (0,75) ils vont dépenser 750 de plus en biens de consommation. Les producteurs de ces biens de consommation vont percevoir un revenu supplémentaire de 750. S’il leur propension marginale à consommer est également de 3/4, ils vont dépenser 750 x 0,75 = 562,5 en biens de consommation etc….

On constate donc que l’injection de revenus au départ provoquera des vagues successives de revenus et de dépenses qui continueront mais en diminuant peu à peu d’amplitude et ceci jusqu’à 0. L’efficacité d’une relance de la consommation dépend donc de l’importance de la propension marginale à consommer des agents économiques.

Pour calculer l’augmentation du revenu national provoquée par une injection de revenus, il suffit d’appliquer la formule du multiplicateur :

Formule : R = 1/1-C

R représente le multiplicateur et C représente la propension marginale à consommer (c’est-à-dire la tendance des agents économiques à consommer un supplément de revenus). Si l’injection par l’état est de 1000 et la propension marginale à consommer (c) est de 0,75, le multiplicateur (R.) sera de 1/1-0,75 soit de 1/ 0,25 donc 4.

L’augmentation du revenu national sera égale à l’injection de revenus que l’on multipliera par le multiplicateur soit 1000 x 4= 4000.

On pourra donc dire qu’une injection de 1000 pourra, pour une propension marginale à consommer de 0,75, provoquer une augmentation du revenu national de 4000.

Mais, l’effet d’une relance ne pourra être réellement mesuré que par le jeu du multiplicateur et de l’accélérateur. En quoi consiste donc le mécanisme d’accélération d’investissement dans une optique keynésienne ?

B– L’accélérateur d’investissements

L’idée de départ est la suivante : à partir du moment où la consommation augmente sous l’effet d’une relance, la production doit nécessairement s’adapter. Le mécanisme de l’accélérateur implique qu’une variation de la demande de biens de consommation entraîne une variation beaucoup plus importante de la demande de biens d’investissements.

Par exemple, supposons qu’au cous d’une période déterminée, le montant de la production (P) soit de 100 et que le stock de machines, d’équipements, donc le stock de capital (K) soit de 400, le coefficient de capital K/P sera de 400/100 =4.

Cela signifie que toute variation supplémentaire de la consommation devra être multipliée par 4 en investissement nouveau. Si la demande augmente de 10, la production devra être de 110 — pour maintenir un coefficient de capital de 4 l’entreprise devra investir 40 en équipements nouveaux (440 / 110 = 4).

Notons toutefois que le mécanisme de l’accélérateur ne peut réellement jouer qu’à condition que le taux d’utilisation des équipements ( capital) soit voisin de 100% ( travail en continu). Si tel n’est pas le cas, l’entreprise pourra toujours augmenter la durée d’utilisation des équipements. Il s’agit là tout de même d’une limite à l’efficacité du modèle keynésien de relance.

On voit donc qu’en théorie le jeu du multiplicateur et de l’accélérateur doit stimuler la croissance. Mais, hélas, le keynésianisme n’a pas connu que des succès et connaît lui aussi certaines limites.

Les politiques keynésiennes ont été appliquées dans les pays occidentaux à partir des années 40. L’économie n’était pas aussi mondialisée qu’aujourd’hui et les politiques de relance étaient souvent très efficaces^pour relever le niveau de demande. De telles politiques ont été menées en 1954,1957,1966,et 1969. Les échecs ont commencé à partir des années 70.

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