Domaines et enjeux de la logistique

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II – les enjeux de la logistique

Pour les entreprises, la logistique constitue un enjeu de taille tant sur le plan de la flexibilité que sur celui de l’adaptabilité et de la compétitivité.

A — la logistique permet une meilleure maîtrise des coûts

Il est à peine besoin de souligner qu’une maîtrise du coût du traitement des commandes, qu’une meilleure gestion des stocks, des coûts de transport, ne peut qu’être facteur de rentabilité et de croissance de l’entreprise.

* Par exemple, le groupe PSA gère une production entièrement tirée par la demande. Le groupe PSA a choisi de mettre en oeuvre des moyens qui conduisent à produire uniquement ce qui est commandé et ce, dans un délai relativement court : moins de 20 jours. Toutes les méthodes de conduite quantitative des flux sont gérées de manière optimale (notons toutefois les quelques difficultés à assurer la livraison des moteurs H. D. I. face à un surcroît inattendu de demande).

* Autre exemple : chez Nestlé, les responsabilités de la direction logistique sont définies de la manière suivante : « A partir du moment où le produit sort de l’usine, il passe sous la responsabilité de la direction logistique. La direction technique est responsable pour sa part de la fabrication des produits ainsi que des flux matières et des produits semi- finis. C’est à la direction logistique qu’il revient d’appliquer la politique des stocks définie par la direction générale — elle est également responsable de la gestion physique des stocks, de la prise de commandes, de la préparation, de la facturation, de la livraison et de l’encaissement de la commande. La direction logistique est également responsable du transport. »

B — la logistique conditionne également l’externalisation et la diversification de l’entreprise

*concernant l’externalisation, les fonctions traditionnelles de la logistique sont souvent sous-traitées. En confiant à des spécialistes certaines opérations comme le stockage au transport des marchandises l’entreprise peut centrer son activité sur son métier d’origine ou sur sa vocation première. Les solutions adoptées par les entreprises sont très diverses et vont de la sous-traitance à la création de filiales spécialisées dans la fonction logistique.

*concernant la diversification, une bonne maîtrise de la chaîne logistique pourra conduire l’entreprise à élargir ses gammes ou ses activités. C’est ainsi que Findus dont l’activité première était celle de la crème glacée a pu, grâce à une parfaite maîtrise de la chaîne du froid, élargir ses activités à l’industrie du surgelé.

Pour conclure sur ce point nous dirons donc que la logistique, en optimisant l’organisation des flux, permet à l’entreprise de procéder à des choix stratégiques qui se traduisent par des avantages compétitifs. Par ailleurs, en même temps que la compétitivité, l’entreprise doit poursuivre un objectif d’adaptation permanente aux besoins de ses clients — elle pourra y parvenir en réduisant les délais ou en adoptant les conditionnements qu’il convient.

La logistique est donc incontestablement une fonction clé de l’entreprise.

 

III – La gestion des approvisionnements

La gestion des achats et la gestion des stocks représentent les deux aspects de la fonction approvisionnement.

  • Concernant la gestion des achats, l’objectif est d’agir le plus rationnellement possible pour fournir à l’entreprise ce dont elle a besoin pour fonctionner.
  • Concernant la gestion des stocks, l’objectif consiste à réduire au maximum leurs coûts.

 

A — La politique d’approvisionnement

La politique d’approvisionnement implique des choix stratégiques qui dépassent parfois le cadre de cette fonction et qui incombent à la direction générale de l’entreprise.

Faut-il par exemple acheter, fabriquer ou sous-traiter ? Faut-il centraliser ou décentraliser l’approvisionnement ? Faut-il harmoniser les processus d’achat pour tous les approvisionnements ? Faut-il privilégier un fournisseur unique au contraire diversifier ses sources d’approvisionnement ?

Autant de questions auxquelles l’entreprise devra répondre.

— Concernant le choix entre la fabrication et la sous-traitance, il s’agit de déterminer si le coût de l’achat est inférieur ou non à celui de la fabrication. Dans certains cas il est beaucoup plus intéressant d’acheter un bien (ou un service) que de le fabriquer soi-même. Notons que la sous-traitance est souvent synonyme de licenciement et de détérioration du climat social et que de ce point de vue l’entreprise peut connaître de graves perturbations et être amenée à procéder à des restructurations et à une révision de l’intégralité de son organisation.

— Concernant la centralisation ou la décentralisation des approvisionnements.

La centralisation présente l’avantage d’un meilleur contrôle par l’entreprise des processus d’achat donc de gérer les stocks de manière plus efficace. La décentralisation (c’est-à-dire une gestion des approvisionnements par chaque succursale ou établissement) est certainement préférable dans le cas où il est nécessaire de réduire les délais et les coûts de transport — la décentralisation permet donc une meilleure adaptation aux nécessités locales.

— Concernant le choix entre un fournisseur unique ou des fournisseurs multiples.

* Le fournisseur unique permet l’obtention d’avantages non négligeables, par exemple des remises ou encore des facilités de paiement. Les stocks peuvent être gérés de manière plus facile et les coûts s’en trouveront réduit. En revanche l’entreprise se trouve entièrement dépendante de son fournisseur et des difficultés qu’il peut connaître.

* Les fournisseurs multiples permettent d’éviter ces inconvénients — le recours à des fournisseurs multiples apparaît donc être une méthode beaucoup plus souple qui permet, en outre, de mettre en concurrence régulièrement d’anciens fournisseurs avec les nouveaux. Retenons toutefois qu’en général le coût de revient moyen des approvisionnements et plus élevé dans ce cas.

Par ailleurs, la spécificité de certains produits ne laisse pas toujours le choix aux entreprises dans la mesure où ils ne sont fabriqués que par un seul fournisseur.

En bref, une bonne politique d’approvisionnement dépend de choix fondamentaux dont les conséquences dépassent le cadre de cette fonction — il en résulte une évolution de la fonction achat et le rôle de l’acheteur ne se limite plus aujourd’hui à la passation de commandes.

B — La gestion des achats

1 – La politique générale des achats

Elle se détermine essentiellement à partir du processus de production et de la politique des ventes. D’une manière générale elle doit répondre à trois impératifs fondamentaux :

  • qualité
  • prix
  • délais.

– Concernant la qualité.
Il est bien évident que la qualité à exiger des fournisseurs doit être en rapport direct avec les exigences de la clientèle. Un cahier des charges précise généralement les impératifs à respecter à ce niveau.

— Concernant le prix.

L’entreprise doit comparer les offres pour acheter au meilleur prix. Généralement, on rapproche ces offres dans des tableaux comparatifs en prenant soin de ne pas négliger les autres conditions de vente qui peuvent jouer un rôle important dans la prise de décision. Le prix est un critère important mais ce n’est pas le seul.

— Concernant les délais.

Il s’agit ici d’un autre critère de choix très important. Les délais maximums de livraison sont précisés et doivent être respectés par les fournisseurs pour que l’entreprise elle-même puisse respecter ses propres délais – il est donc nécessaire de procéder à un suivi des commandes et ce suivi peut être réalisé selon différentes techniques (par exemple mis en place d’un échéancier ou d’un planning des commandes, etc….).

Les délais de paiement doivent également faire l’objet d’une attention particulière. En effet, il est rare que les achats faits par l’entreprise soient payés comptant et plus le crédit est long moins le financement des stocks posera des problèmes de trésorerie. Les entreprises ont donc intérêt à obtenir de leurs fournisseurs des délais de paiements par effets de commerce à 30, 60 ou 90 jours.

2 – L’importance du rôle de l’acheteur.

« L’acheteur agit dans deux axes complémentaires : obtenir des prix d’acquisition les plus bas possibles, et assurer la sécurité de l’approvisionnement. Il n’est plus envisageable qu’une production s’interrompe parce qu’il manque des boulons d’un type particulier, introuvables en France, et qui nécessitent trois mois de délais de livraison. L’acheteur obéit un peu aux même motivations que le vendeur. Il est seulement de l’autre côté de la barrière, même si la négociation demeure son arme principale. « Il faut savoir se battre et ne pas rester passif » explique un cadre acheteur de chez IBM. Il ajoute qu’il pourrait très bien devenir vendeur s’il le fallait : « Ma seule motivation a été les débouchés. Même si les cadres commerciaux sont toujours très recherchés, la demande est également très forte. Au moins en choisissant de m’orienter vers l’achat, j’étais sûr de ne pas être en compétition avec trop de monde ».

Gérard Zenoni – Le Figaro

La fonction achat a donc incontestablement évolué. On distingue classiquement l’approche traditionnelle de l’approche moderne.

 

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— En approche traditionnelle de la gestion des achats il s’agit, en bref, de placer les différents fournisseurs en concurrence et de sélectionner ceux qui offrent les meilleurs produits et les conditions de vente les plus intéressantes.

* Dans un premier temps, l’acheteur doit donc recenser les fournisseurs potentiels et analyser leurs capacités — il doit ensuite exprimer ses besoins à court, moyen et long terme puis provoquer l’offre en faisant appel aux fournisseurs actuels ou en lançant un appel d’offres .

* Dans un second temps il faudra évaluer et sélectionner les fournisseurs. L’acheteur pourra utiliser des grilles d’analyse, des tableaux de comparaison. Le choix définitif dépendra en pratique de critères extrêmement variés tels que le rapport qualité-prix des services, les relations commerciales ou la volonté de privilégier certains fournisseurs locaux.

* La dernière étape consistera à négocier puis commander et assurer le suivi de la commande.

— En approche moderne de la gestion des achats le terme de « gestion fournisseurs » est de plus en plus employé. Ce terme signifie que l’entreprise envisage avec ses fournisseurs des relations d’ordre stratégique. Ce rôle stratégique n’a été que récemment reconnu par les dirigeants d’entreprises. Pour simplifier, le concept de « gestion fournisseurs » consiste à intégrer pleinement toutes les activités d’achats dans le cadre d’une démarche stratégique globale à l’échelle de l’entreprise.

L’approche moderne impose donc un modèle de partenariat entre les acheteurs et les fournisseurs ces qui implique un nombre limité de fournisseurs et leur proximité. Cette approche s’inscrit, bien entendu, dans une logique de livraison en « juste à temps » c’est-à-dire dans une logique de pilotage de la production par l’aval ou en Kanban.

IV – La gestion des stocks.

A — Les problèmes relatifs à la gestion des stocks.

Disposer en permanence d’un niveau de stocks très élevé permet de répondre rapidement aux demandes de la clientèle. Mais cette solution génère des coûts extrêmement élevés qui pèsent naturellement sur les prix de vente donc sur la compétitivité globale de l’entreprise.

En matière de gestion des stocks il s’agit donc d’atteindre un équilibre c’est-à-dire d’éviter à la fois le surstockage et la rupture de stocks.

— Le surstockage génère de nombreux coûts, par exemple l’obsolescence des produits stockés ou encore les coûts liés à la location ou à la construction d’entrepôts, les assurances, les coûts liés au personnel affecté à la gestion des stocks, etc….

— A l’inverse le sous stockage entraîne un risque d’arrêt brutal de la production et d’impossibilité de livrer les clients. Sans aucun doute possible, les ventes diminueront et une partie de la clientèle se détournera vers la concurrence.

La finalité de la gestion des stocks consiste donc d’une part à minimiser les risques de rupture et d’autre part à réduire au maximum le niveau moyen des stocks.

En gestion économique des stocks il faudra optimiser les coûts de possession du stock avec les coûts de passation des commandes. Un modèle mathématique (« modèle de Wilson ») permet de répondre partiellement à ces questions mais suppose une parfaite connaissance des flux d’entrée et de sortie ce qui relativise sa portée sur le plan pratique.

 

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B — L’élimination des coûts de stockage : le Kanban ou JAT (juste à temps)

1- Pilotage par l’aval et pilotage par l’amont.

— Le pilotage par l’amont ou pilotage traditionnel

Dans les organisations industrielles de type classique, les objectifs du directeur de production et du directeur financier sont souvent contradictoires. Alors que le Directeur financier recherche une réduction maximum du niveau des stocks qui pèsent sur l’entreprise, le Directeur de production préfère lancer de longues séries de fabrication de manière à réaliser des économies d’échelle pour alléger les coûts unitaires de production — or, de longues séries de fabrication conduisent bien évidemment à alourdir les stocks.

En clair, les organisations classiques sont perpétuellement à la recherche d’un compromis entre le coût de lancement des séries de production et les coûts de stockage.

Le schéma classique de production peut se résumer la manière suivante :

Chacun des intervenants du cycle de production part de la prévision de la demande du produit et à partir de là sont lancés vers l’amont des ordres de fabrication et d’approvisionnement.

Exemple : — soit un poste B qui consomme des pièces élaborées par un poste A et un poste C qui consomme les pièces élaborées par le poste B. Le poste B. se trouve en aval (plus on remonte vers l’aval plus on se dirige vers le client final) tandis que le poste A se trouve en amont (plus on remonte en amont et plus on se dirige vers la fabrication initiale).

On a donc dans l’ordre : –A –B –C

Le poste A effectue un prévisionnel de demande en provenance du poste B. et lancera ses séries de fabrication. Le poste B effectue un prévisionnel de demande en provenance du poste C et lancera également ses séries de fabrication etc. Chaque poste de travail raisonne donc à partir d’un prévisionnel de demande en provenance du poste situé en aval. Chaque poste s’organise pour tenir son planning et, surtout anticipera les lancements de manière à éviter les ruptures de stocks. Partant du principe que la demande prévue ne correspond jamais à la demande réelle, le système ne peut que conduire à une accumulation des stocks à tous les stades du processus de production. Il en résulte des coûts de stockage très importants (coûts de possession et coûts de passation des commandes) qui pèseront sur les prix de vente donc sur la compétitivité de l’entreprise. Au contraire, si les anticipations sont insuffisantes, l’entreprise risquera une rupture de stocks avec toutes les conséquences que cela peut comporter en terme de manque à gagner.

Ce système de production est souvent qualifié de production à stocks autorisés (PSA) et présente de nombreux inconvénients :

Tout d’abord la possession et la gestion d’un stock coûtent très cher (coûts de négociations, immobilisation des sommes correspondant aux stocks moyens en valeur, coûts de manutention etc…).

Par ailleurs, des stocks trop importants dans une entreprise traduisent des problèmes certains : — panne de machines, mauvaise qualité des produits finis, absentéisme du personnel, mauvaise gestion des délais, mauvaise adaptation de l’offre et de la demande dans la mesure où les produits demandés ne correspondent pas forcément à ceux qui sont détenus en stocks etc….).

C’est la raison pour laquelle les managers occidentaux se sont progressivement aperçus que les Japonais avaient, dans une large mesure, abandonné ce système traditionnel. Selon Shigeo Shingo, ingénieur mécanicien chez Toyota puis chargé de projets industriels aux chantiers navals de Nagasaki, la plus importante des différences entre le système japonais et le système traditionnel occidental provient du fait que les occidentaux tolèrent les stocks ; ils les considèrent comme un mal nécessaire permettant de faire tourner la production sans à-coups. Au contraire, pour les Japonais, le stock est un mal absolu.

Nous verrons donc dans un deuxième paragraphe en quoi consiste le système du Kanban ou du J. A. T. ( juste à temps) — on parle également de gestion de la production en flux tendus.

— le Kanban ou pilotage de la production par l’aval.

Le Kanban peut se définir comme un mode de pilotage de la production destiné à éliminer tous les stocks inutiles surtout ceux qui concernent les encours de production. L’objectif global du Kanban est d’atteindre le zéro stock que l’on a souvent associé au zéro défaut et ceci avec la mise en place de procédures de contrôle total de la qualité. Pour les occidentaux, la mise en place du Kanban représente dans les entreprises une petite « révolution ».

Le principe du Kanban est le suivant : — il s’agit de produire et livrer des produits finis juste à temps pour être vendus, fabriquer des produits intermédiaires juste à temps pour être transformés en produits finis, acheter des matières premières juste à temps pour la fabrication.

Prenons un exemple : — soit un atelier B. et qui consomme des pièces fabriquées par un atelier A. Lorsque B. utilise un container de pièces fabriquées par A, il détache de ce container une étiquette (Kanban en japonais) qu’il renvoie à l’atelier A. Cette étiquette représente en quelque sorte un ordre de fabrication donné à l’atelier A  pour un container de pièces et seulement un container de pièces !

Le poste A ne peut fabriquer plus de containers qu’il n’a de Kanbans.

On voit donc sur le plan pratique qu’il s’agit de renverser l’ordre dans lequel le lancement prend effet. Chaque poste travaille en quelque sorte à la commande et on évite ainsi la constitution de stocks inutiles — la compétitivité de l’entreprise s’en trouvera donc améliorée.

Notons tout de même que l’élimination des stocks représente un idéal qui n’est jamais totalement atteint — toutefois le système permet un allègement considérable des coûts de stockage dans la mesure où il ne peut exister de stocks morts.

La qualité s’en trouve améliorée, les délais seront mieux gérés et les systèmes de contrôle beaucoup plus efficaces.

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