Economie de marché et intervention de l’Etat

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II – Une alternative aujourd’hui contestée

Les deux positions extrêmes comportant des failles, il convient de rompre avec cette alternative (A’) pour trouver une solution plus nuancé selon les domaines (B’).

A – Une question dépassée car trop simpliste

La question n’est plus : plus ou moins d’Etat mais bien celle d’un Etat différent,en phase permanente avec l’évolution rapide du monde et à même de faciliter chez les citoyens – aussi bien que chez les acteurs économiques, sociaux, pédagogiques et culturels – les adaptations auxquelles chacun doit se préparer pour mieux maîtriser son avenir et sa place dans la cité.

Pour les théoriciens libéraux, l’Etat ne doit donc pas intervenir économiquement. Mais l’Etat en tant que tel, peut même constituer une entrave au développement. Pour certains, l’Etat ne répond qu’aux besoins individuels des hommes politiques ou des puissants lobbies. Ainsi, dans de nombreux pays en développement, le pouvoir politique et économique du pays est entre les mains de quelques grands groupes financiers et industriels.
De nos jours, on se trouve dans un contexte de mondialisation de l’économie. Les rapports entre pays ne sont plus les mêmes qu’il y a cinquante-ans. Quel nouveau rôle octroyer  à l’Etat pour favoriser le développement de certains pays actuellement ?

Il est évident que la pauvreté tue le développement. Un pays pauvre ne peut pas avoir une forte épargne nationale. Sans épargne il n’y a pas d’investissements, sans investissements il ne peut pas y avoir ni croissance économique, ni emploi et alors la pauvreté continue. Il s’agit du cercle vicieux du sous-développement. L’État doit donc assurer la redistribution des revenus dans les pays en développement pour « casser » ce cercle vicieux.

Même dans une logique classique, l’État doit assurer un minimum de ressources à sa population. Dans la plupart des pays en développement (surtout dans les PMA) il n’existe aucun système de protection sociale. Ceci constitue une entrave au développement puisque les individus n’ont aucune sécurité sociale en cas de maladie, chômage…

Selon les théoriciens de la croissance endogène, l’Etat doit être créateur d’externalités positives afin de soutenir la croissance. Ainsi, Daniel Cohen considère que le facteur travail a joué un rôle essentiel dans le développement des NPI d’Asie du Sud Est.L’Etat doit être en charge de l’éducation et de la santé des citoyens du pays, il doit effectuer des dépenses en recherche et développement afin de favoriser le développement du pays. L’ex-économiste en chef de la Banque Mondiale, Joseph Stiglitz, considère que les avantages comparatifs des pays dans le commerce international ne « tombent pas du ciel », au contraire, il faut les construire et l’État doit participer activement à cette construction afin de favoriser le développement des pays du tiers monde à travers leur insertion dans le commerce international.

Le libéralisme se fonde principalement sur l’idée d’une intervention limitée de l’Etat et sur les vertus du marché comme moyen de régulation de base. Le problème réside dans le fait que le libéralisme lui même a révélé ses insuffisances et on dénonce aujourdh’hui ce qui ne va pas (gaspillages, pertes de rentabilité, etc. Malgré tout, certains libéraux, et c’est nouveau, ne nient plus les insuffisances de la théorie classique d’équilibre par le marché. Ils ne se prononcent donc pas pour le « non état » mais pour le « moins d’état ». De ce point de vue, il est clair qu’à leurs yeux, les insuffisances du libéralisme sont moindres que celles générées par l’état providence.

Mais, ce genre d’approche part du présupposé qu’il n’existe pas d’autres alternatives que celle du choix entre public et privé. La question est donc celle de la recherche du bon équilibre entre ces deux sphères de la vie économique et sociale que sont le public et le privé.

B – Une alternative éclipsant les nuances intermédiaires

Certains observateurs et hommes politiques en concluent qu’il faudrait, au niveau des collectivités locales, moins d’Etat dans certains domaines (gestion de projets) et plus d’Etat dans d’autres (redistribution). De même, M. Juppé déclarait en 96 qu’un de ses objectifs était de mettre « moins d’État à Paris et plus d’État dans les régions ».

Si d’une part on demande aux gouvernements de moins réglementer les échanges commerciaux, certaines analyses proposent en contrepartie que l’Etat s’occupe davantage d’éducation, de formation de la main-d’oeuvre, d’innovation et de développement technologique. Il faut donc désormais parler d’une nouvelle forme de gouvernance axée vers une gestion publique responsable et de politiques publiques mieux intégrées. Si les citoyens veulent moins d’interventionnisme étatique dans le secteur économique, ils optent pour plus d’Etat pour assurer une certaine cohésion et équité sociale. Une commission canadienne avait d’ailleurs souligné, au début des années 80, que les facteurs structuraux nationaux et institutionnels représentent également des déterminants majeurs à l’essor de sociétés compétitives.

Adhérer aux idées de la troisième voie, c’est d’abord faire le constat de la faillite finale des stratégies ultra-libérales : faillite économique puisque les relances keynésiennes ont conduit à l’inflation  et  faillite sociale puisque l’Etat providence a créé une classe d’assistés. La question du rôle de l’Etat se pose aussi pour les pays en voie de développement, son intervention dans la vie économique demeurant un sujet controversé, malgré le fait qu’il soit aujourd’hui admis que l’absence totale d’État dans ces pays pourrait s’avérer très défavorable pour ce type de pays. La solution peut donc être la communion entre un État responsable et efficient et un secteur privé très dynamique.

Accroître la socialisation ou trouver un nouvel équilibre fondé sur une extension de la privatisation ? L’avenir n’est envisagé que sous ces deux modes : d’un côté le scénario social étatiste et de l’autre le scénario libéral. Il est clair que le processus de déresponsabilisation (qui consiste pour les individus à confier à l’état un certain nombre de leurs besoins), largement induit par le développement du rôle de l’état providence est à l’heure actuelle remis en question. L’alternative « plus ou moins d’état » ne conduit elle pas à faire l’impasse sur la bonne question qui est de se demander si on ne peut pas faire autrement. Quels sont les éléments de cette alternative ?

L’état providence étant né de la nécessité de corriger les effets néfastes du marché, c’est donc la crise du libéralisme qui a permis l’émergence d’un système de solidarité. Or, l’état providence est aujourd’hui lui même en crise. Il faut donc réinventer une nouvelle forme de prise en charge des besoins sociaux et remettre en question le principe de prise en charge totale de ces besoins par état. Enfin, une plus grande rigueur dans l’utilisation de l’argent public paraît indispensable.

Finalement la question reste posée !

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