Le Marxisme – Matérialisme dialectique et historique

I — La philosophie marxiste

Avec Karl Marx, on assiste à l’essor définitif d’une pensée philosophique très profonde est très structurée.
Allemand, Karl Marx est né en 1818 est mort en 1883. Il prend d’abord part aux luttes libérales est s’exile en 1849 pour se fixer à Londres. Il est alors déçu par la bourgeoisie incapable de faire la révolution. Il a d’ailleurs rompu, des 1843, avec le philosophe Bruno Bauer (qui prônait la libération de la conscience pour transformer la société). Mais, dès cette époque, il a subi l’influence des matérialistes de Feuerbach. Il connaît aussi très bien la philosophie de Hegel.
Après 1849, il crée avec Engels la « ligue des communistes », qui fut dissoute en 1852. En 1864, il fonde la première internationale.

L’œuvre de Karl Marx est très vaste :

  • Thèse sur Feuerbach.
  • La Sainte-Famille.
  • Idéologies allemandes.
  • La misère de la philosophie.
  • Le manifeste du parti communiste.
  • Le capital

Ensuite, il rédige son ouvrage le plus important : le capital, dont le tome 1 paraît en 1867, et les autres tomes après sa mort. Karl Marx est avant tout un  philosophe qui observe de près les expériences sociales et politiques de son temps, en se mêlant à la politique et à l’action. La pensée de Karl Marx est issue d’une profonde réflexion sur la société de son temps et propose des solutions qui peuvent être projetées sur l’avenir et qui seront réalisées. La société que Marx observe est la société industrielle du XIXe siècle et les modes d’organisation du travail en vigueur à cette époque.

A — La critique marxiste.

Pour bien comprendre le marxisme, il est nécessaire de le situer d’abord au milieu des courants ambiants, d’autant plus qu’il les critique tous. C’est le meilleur moyen de saisir l’originalité de la pensée marxiste.

La critique la plus sévère concerne Hegel, dont Karl Marx garde cependant l’explication dialectique de l’histoire. Mais il réfute violemment la philosophie hégélienne de l’état. Pour lui, Hegel est dans l’erreur quand il parle de la famille, du groupe, etc…. Hegel distingue en effet dans l’individu d’une part l’homme privé et d’autre part le citoyen. Pour Karl Marx cette distinction est artificielle, car, en fait, il n’y a que l’individu. Il faut donc admettre contre Hegel, que l’état n’a pas de fondement en soi, car il ne repose pas sur une réalité naturelle. Pour Karl Marx l’état n’est qu’un moyen d’exercer le pouvoir.

De cette critique de Hegel, Marx tire la critique de toute idée de réforme intérieure de l’état. Il ne nie pas les progrès réalisés par le libéralisme et la bourgeoisie. Mais il constate que toute révolution politique ne conduit à rien, car elle est faite par une classe qui projette dans le nouvel état  sa situation particulière en lui donnant faussement pour mission d’affranchir la société tout entière. Cela ne serait possible que si toute la société se trouvait dans la situation même de cette classe, c’est-à-dire si elle pouvait acquérir, à son gré, puissance, argent, culture, ce qui est impossible par le seul moyen de la réforme politique. Il faut donc d’abord une révolution qui transforme radicalement les structures économiques et sociales.

Pour la même raison, Karl Marx rejette le socialisme d’état car, à ses yeux, ce n’est pas par des subventions de l’état que l’on peut réduire les problèmes et qu’on édifie une société nouvelle. Les travailleurs ne sont pas maîtres de l’appareil étatique tant que des réformes de structures ne leur auront pas permis d’accéder pleinement et véritablement au pouvoir.

Marx rejette aussi l’anarchisme, parce que celui-ci demande, en fait, l’abdication de l’état du jour au lendemain et de  tout mettre en commun, ce qui aurait pour conséquence de réduire la véritable possession et la pleine liberté de l’individu. Marx est finalement très attaché à la propriété privée des biens de consommation contrairement aux clichés courants en la matière.

Enfin, Karl Marx critique le nationalisme. Pour lui, il s’agit d’une idéologie faussée, d’une coupure à l’envers du vrai courant historique, parce que non sociale et ne tenant aucun compte des structures. L’idéologie marxiste est par nature même internationaliste.

B. — Le matérialisme dialectique

La base de la philosophie marxiste est constituée par ce que l’on appelle le matérialisme dialectique

Pour Karl Marx, l’homme est un produit de la nature (matérialisme), mais il est surgi de la nature avec l’intention de s’universaliser, de rompre sa particularité, de briser la séparation qu’il l’oppose à la nature ainsi que briser le cloisonnement avec les autres hommes. Ainsi, il y a une lutte, une dialectique qui tient à l’origine matérialiste de l’homme lui-même. Autrement dit, la nature produit l’homme pour s’humaniser. L’homme, de son côté, éprouve des besoins qui se satisfont d’abord par la nature.. Pour obtenir ces satisfactions, c’est-à-dire pour prendre contact avec la nature et la dominer, l’homme dispose de ce que Karl Marx appelle des médiations. La principale médiation, et même la seule véritable est constituée par le travail (cueillette, puis fabrication de l’instrument, machine, etc….). De même, par le travail contre et avec la nature, la société humaine se forme et se constitue (solidarité). Ainsi, Marx affirme que le travail et l’instrument de travail appartiennent naturellement à la société et à l’homme. On retrouve ici les thèses classiques du droit naturel.

C — Le matérialisme historique.

De cette philosophie générale, Karl Marx tire en effet une philosophie de l’histoire. Pour lui, l’histoire est la relation fondamentale homme — nature — homme. Elle naît et se développe à partir de la première médiation qui met en rapport l’homme avec la nature et l’homme avec les autres hommes : Le travail.

L’homme, dans une optique marxiste, n’est libre que s’il est maître de ses moyens de production. C’est la définition marxiste de la liberté.

L’histoire montre, ce que laissait prévoir d’ailleurs la dialectique, qu’il y a eu des aliénations, c’est-à-dire des appropriations des instruments de travail aux dépens des travailleurs. De formidables bonds en avant dans le domaine technique ont fait qu’un groupe a disposé seul, à un certain moment des moyens de production. De ce fait, le travail, au lieu d’être une médiation, est devenu une simple marchandise, c’est-à-dire une tâche que le propriétaire des moyens de production achète au travailleur.

Celui-ci vend sur le marché sa force de travail ; le produit ne lui appartient plus ; il prend une existence indépendante de lui. Il s’ensuit que la relation fondamentale et nécessaire homme — nature —  homme est rompue.

Le travailleur prend conscience de sa valeur propre et de la valeur de son travail ; il perd conscience de sa vie réelle et se tourne vers des illusions (religion, idée morale). Il en résulte un régime anti- naturel d’exploitation.

Cependant, l’histoire procède aussi par bonds dialectiques. En effet, le groupe opprimé prend peu à peu conscience de sa situation. Il lui apparaît qu’il constitue une classe. Et cette classe entreprend de lutter contre la classe qui détient les moyens de production. L’histoire est donc essentiellement, dans ses phénomènes superficiels et profonds, une lutte de classes et non pas, comme le disait Hegel, une dialectique intellectuelle.

Parmi ces groupes qui, au XIXe siècle, ont accaparé les moyens de production, Karl Marx voit d’abord à juste titre la bourgeoisie. Celle-ci, à ses yeux, a réalisé une première révolution (1789), mais cette révolution est une fausse révolution, en ce qu’elle a aboutit à aliéner les moyens de production au profit de la seule bourgeoisie, et non pas du prolétariat et de tous.

D– La révolution

Ainsi, on va inévitablement vers une révolution, grâce à la prise de conscience des prolétaires et par suite de l’augmentation en nombre de la masse prolétarienne et de l’aggravation de la misère, donc de l’aggravation des conséquences de l’aliénation.

La révolution devra, pour Karl Marx, être totale. Il sera nécessaire qu’elle change totalement les structures économiques de la société afin de redonner au travailleur ses moyens de production. Cela exigera donc la mise en commun des moyens de production. Si la révolution n’aboutit pas à cette mise en commun, une nouvelle aliénation sera toujours possible.

De plus, la révolution devra  redonner au travailleur et à l’homme conscience de sa vie réelle. Elle exige donc la définition et l’élaboration d’une culture et d’une éducation particulière, en d’autres termes d’une culture et d’une éducation communiste.

Enfin, Marx estime que la révolution doit être permanente, aussi longtemps que le capitalisme subsistera dans le monde. Sa pensée est toutefois moins nette sur ce point que sur les autres.

Pour réaliser pour cela, il faut que les travailleurs, qui ont seuls véritablement droit à la propriété des moyens de production, prennent en main l’état grâce à l’action d’un parti issu d’eux mêmes et établissent, dans la phase révolutionnaire, la dictature du prolétariat.

E – La société communiste

La révolution doit aboutir à l’établissement d’une société communiste. Cependant, Marx note qu’elle conduira d’abord à une société socialiste, c’est-à-dire à une organisation en voie de transformation grâce à la dictature du prolétariat et à l’action du parti.

Bien plus, dans certaines sociétés, Marx pense que la première révolution à accomplir devra consister à mettre au pouvoir la bourgeoisie, phase nécessaire à l’élaboration d’une révolution socialiste.

Dans cette première phase post révolutionnaire, la société socialiste, ainsi édifiée, réalisera un système économique et politique par lequel chacun recevra selon son travail.

Mais, dans cette seconde phase, lorsque l’action révolutionnaire et la dictature du prolétariat auront véritablement apporté la constitution d’une seule classe (donc la fin de la lutte des classes), avec une seule mentalité (grâce à l’éducation), et à plus forte raison si la révolution réussit à l’échelle mondiale, à leur on en arrivera directement à la fin du processus, c’est-à-dire à la société communiste.

Cette société sera organisée de façon telle que chacun reçoive selon ses besoins, ceci tenant compte de l’inégalité naturelle des hommes.

Ceci revient à affirmer que, lorsque la société communiste sera constituée, l’histoire sera terminée. Marx, sur ce point, n’est pas très précis. Il pense parfois sur le plan idéal qu’il en sera ainsi. Mais, le matérialisme dialectique lui même l’incite à d’autres moments à redouter que des aliénations restent possibles.

II – Eléments d’analyse marxiste du capital

A – Le point de départ : La loi de la valeur.

La loi de la valeur est une loi économique de la production marchande en vertu de laquelle l’échange des marchandises s’opère en fonction de la quantité de travail socialement nécessaire à leur production. Sous l’effet de cette loi, les prix des marchandises ont tendance à se rapprocher de leur valeur.

Dans la production marchande, chaque producteur travaille isolément pour le marché sans connaître d’avance l’importance de la demande. Etant donné l’anarchie de la production, l’équilibre de l’offre et de la demande ne peut s’établir que par hasard, à la suite de fluctuations constantes. Aussi les prix des marchandises s’écartent – elles sans cesse de la valeur de celles-ci, soit vers le haut, soit vers le bas. Si l’offre dépasse la demande, les prix baissent au-dessous de la valeur, si; au contraire la demande dépasse l’offre, les marchandises se vendent à des prix supérieurs à leur valeur.

Mais les prix des marchandises ont invariablement tendance à se rapprocher de la valeur. Lorsque le prix d’une marchandise est supérieur à sa valeur, il y a accroissement de la production donc augmentation de l’offre, ce qui aboutit inévitablement à l’abaissement du prix jusqu’au niveau de la valeur. Si les prix baissent au-dessous de la valeur, il y aura réduction de la production, pénurie de la marchandise, et, en fin de compte, le prix remontera au niveau de la valeur. Ainsi les écarts entre les prix et la valeur s’équilibrent en définitive. A un moment donné, le prix de telle ou telle marchandise peut, pour des raisons particulières, s’écarter de la valeur, mais, les prix  moyens pour des périodes assez longues correspondent approximativement à la valeur..

Dans la société fondée sur la propriété privée des moyens de production, la loi de la valeur règle par le mécanisme de la concurrence, les proportions dans lesquelles le travail et les moyens de production sont répartis entre les différents secteurs. Sous l’influence de la variation constante des prix, une partie des producteurs se retirent des branches où l’offre dépasse la demande et où les prix des marchandises baissent au-dessous de leur valeur. L’effet de cette baisse diffère selon les groupes de producteurs de marchandises. Seules les entreprises les plus compétitives consolident leurs positions alors que les plus faibles disparaissent.

L’enrichissement d’un petit nombre, au détriment de la masse des producteurs, tel est le résultat de la fluctuation constante des prix et des écarts entre les prix et la valeur.

Mais ce n’est pas pour cette seule raison que la masse des petits producteurs peut être écrasée par la concurrence car même la vente des marchandises à leur valeur ne leur permet pas forcément de survivre. En effet, la loi de la valeur est celle du développement spontané des forces productives. Les producteurs qui disposent d’un équipement plus perfectionné sont avantagés car leurs frais de production sont inférieurs aux dépenses socialement nécessaires. Or un grand nombre de producteurs dépensent, par unité de production, plus de travail qu’il n’est socialement nécessaire et ne peuvent soutenir de ce fait la concurrence avec leurs rivaux plus forts.

Il en résulte que les moyens de production se concentrent de plus en plus( fusions, absorptions) car seule la réalisation d’importantes économies d’échelle permet un abaissement significatif des coûts de production. La production capitaliste conduit donc inévitablement à la concentration des richesses entre les mains de quelques-uns uns. Par ailleurs, même les grandes entreprises ne sont pas réellement à l’abri dans la mesure où la baisse de la rentabilité marginale du capital aboutit à une baisse globale des taux de profit donc à des difficultés inévitables.

En résumé, la loi de la valeur, agissant par le mécanisme de la concurrence, remplit trois fonctions importantes dans l’économie marchande :

  • Elle joue le rôle de régulateur dans la répartition de la main d’œuvre et des moyens de production entre les différentes branches.
  • Elle stimule le progrès technique.
  • Elle soumet le système productif aux aléas du marché.

B — la théorie de la plus-value : pierre angulaire de la théorie marxiste.

Les classiques de l’économie politique, Adam Smith et David Ricardo donc fondé la théorie de la valeur de la marchandise selon le travail.

La loi de la valeur fait donc partie des classiques de l’économie politique. Marx utilise la loi de la valeur pour établir que les propriétés de la marchandise, c’est-à-dire la valeur proprement dite de la marchandise est déterminée par la quantité de travail incorporé dans cette marchandise.

Marx dépasse la loi de la valeur de la manière suivante :

En échangeant les marchandises produites par eux, les hommes établissent une équivalence entre les espèces de travail les plus variées. Derrière les rapports d’échanges, il y a la division sociale du travail. Les rapports d’échange sur le marché expriment les rapports entre les producteurs de marchandises dans la production sociale. C’est pourquoi la valeur, le rapport de la valeur représente non pas les rapports entre les choses, mais les rapports entre les hommes, entre les producteurs de marchandises. Sous son enveloppe matérielle, la valeur est un rapport social, un rapport de production, et se manifeste dans les rapports entre les choses.

Dans la circulation marchande simple, le propriétaire d’une marchandise la vend pour en acquérir une autre dont il a besoin. La formule de cette circulation est : marchandise — argent — marchandise. Il en est autrement lorsque la marchandise est achetée non pas pour satisfaire directement tel ou tel besoin, mais pour la vente. La formule de ce nouveau processus est : argent — marchandise — argent. Celui qui achète pour revendre le fait pour revendre plus cher. Le processus de la production capitaliste commence par l’achat de moyens de production et de force de travail, c’est-à-dire par la transformation du capital sous sa forme monétaire en capital productif. Ensuite, le capitaliste vend sur le marché les marchandises produites. Par la même il transforme le capital — marchandise en capital — argent. Mais le capitaliste obtient plus d’argent qu’il n’en avait dépensé avant de commencer à produire.

Mais, les marchandises s’échangent à leur valeur. Dès lors, une question se pose : Comment le capitaliste, en achetant et en vendant les marchandises à leur valeur, arrive-t-il quand même à retirer de la circulation des marchandises une plus grande valeur ?

L’économie politique classique ne répond pas — Marx quant à lui y répond à sa manière :

Pour Marx, cette situation est possible que parce que le possesseur de l’argent « le capitaliste » trouve sur le marché une marchandise particulière, dont la consommation est source de nouvelle valeur. Cette marchandise, c’est le travail. En d’autres termes, le travail est toujours systématiquement payé en dessous de sa valeur par les producteurs capitalistes.

En simplifiant, pour Marx la plus-value capitaliste est injustifiée et correspond à la différence entre le prix de vente des marchandises ( à leur valeur) et le prix d’achat de la force de travail nécessaire à la réaliser.           Plus Value = Prix de vente – Prix d’achat de la force de travail.

L’exploitation du prolétariat est donc, pour Marx, la condition de survie du capitalisme. Seule une révolution pourra mettre fin à la lutte des classes.

 

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